Mon humble quotidien

Kurt Schwitters-1931

Je commence par écouter cette composition, de John Cage (3mn) sans me laisser surprendre, ni troubler et je peux essayer de repérer tous les sons du quotidien, utilisés ici.

Maintenant je me dispose à prier avec ce qui fait ma vie de tous les jours.

Je me tourne vers le Seigneur. Je me pose, je respire paisiblement et je prends un instant pour m’ouvrir à sa présence. Il m’attend. Je lui ouvre ma vie, comme quand j’accueille un ami chez moi.

Je voudrais visiter ma vie avec lui, en lui présentant avec joie et humilité là où je demeure.

Où les sons repérés rejoignent-ils ma vie? Je parcours les journées récentes et les lieux de ma vie en faisant mémoire des événements déroulés, des relations nouées, des paroles et gestes posés.

Je remercie Dieu pour ce qui s’est vécu; moments de joie, de découverte, d’accueil de la vie, de repos, de remise en cause aussi.

J’ai pris soin des autres et de moi, de tout ce que je suis, mon corps, mon esprit

Si me revient en mémoire une blessure, une parole ou un geste maladroit, j’en demande pardon à Dieu;

avec lui je vois s’il y a quelque chose à changer,une habitude, un rythme, un lieu, une organisation pour favoriser une ouverture plus grande à la vie

Je me laisse questionner par ces textes du Pape François et de Madeleine Delbrêl

16. Cette sainteté à laquelle le Seigneur t’appelle grandira par de petits gestes. Par exemple : une dame va au marché pour faire des achats, elle rencontre une voisine et commence à parler, et les critiques arrivent. Mais cette femme se dit en elle-même : « Non, je ne dirai du mal de personne ». Voilà un pas dans la sainteté ! Ensuite, à la maison, son enfant a besoin de parler de ses rêves, et, bien qu’elle soit fatiguée, elle s’assoit à côté de lui et l’écoute avec patience et affection.

Voilà une autre offrande qui sanctifie ! Ensuite, elle connaît un moment d’angoisse, mais elle se souvient de l’amour de la Vierge Marie, prend le chapelet et prie avec foi. Voilà une autre voie de sainteté ! Elle sort après dans la rue, rencontre un pauvre et s’arrête pour échanger avec lui avec affection. Voilà un autre pas !

(Pape François « appel à la sainteté dans le monde actuel »)

Chaque petite action est un événement immense où le Paradis nous est donné, où nous pouvons donner le Paradis.
Qu'importe ce que nous avons à faire : un balai ou un stylo à tenir; parler ou se taire; raccommoder ou faire une conférence; soigner un malade ou taper à la machine.
Tout cela n'est que l'écorce de la réalité splendide, la rencontre de l'âme avec Dieu, à chaque minute renouvelée, à chaque minute accrue en grâce, toujours plus belle pour son Dieu.
On sonne ? vite, allons ouvrir .
c'est Dieu qui vient nous aimer.
Un renseignement ? le voici:
c'est Dieu qui vient nous aimer.
C'est l'heure de se mettre à table: allons-y :
c'est Dieu qui vient nous aimer.
Laissons-le faire
(M. Delbrêl "La sainteté des gens ordinaires", tome VII des Œuvres Complètes 2009 - Nouvelle Cité - Nous autres, gens des rues, p29-30)

Je conclus en parlant à Dieu comme un ami parle à un ami . Je le remercie, lui partage une question, l’écoute dans le silence.

Je termine par une prière de l’Eglise: Notre Père …


Psaume 33

Malel

R/ Un pauvre crie ;
le Seigneur entend.

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !

Le Seigneur affronte les méchants
pour effacer de la terre leur mémoire.
Le Seigneur entend ceux qui l’appellent :
de toutes leurs angoisses, il les délivre.

Il est proche du cœur brisé,
il sauve l’esprit abattu.
Malheur sur malheur pour le juste,
mais le Seigneur chaque fois le délivre.

Je trace sur moi le signe de croix pour entrer dans la prière. Je fais silence pour me rendre disponible à l’écoute et je demande au Seigneur la grâce de vivre la béatitude « heureux qui trouve en lui son refuge ».

Je lis le psaume, lentement, me laissant rejoindre par un mot, une expression, un verset.

A la suite du psalmiste, je formule ma louange de ce jour :

que puis-je « goûter », « voir » qui, aujourd’hui, me dit la bonté du Seigneur ?

Mais, comme le psalmiste, je peux être traversé d’angoisses, je peux avoir le « cœur brisé » ou « l’esprit abattu ».

Qu’ai-je à confier, aujourd’hui, au Seigneur : un souci, une peine, une difficulté, une épreuve. Je me confie à lui, sûr que « le Seigneur entend ceux qui l’appellent. »

Je m’abandonne au Seigneur

pour percevoir comment il me sauve et me délivre.

Je relis lentement le psaume. Je peux aussi l’écouter :

Je termine en disant « Notre Père… » et clos ce temps en traçant, à nouveau sur moi, le signe de croix.

Ecouter…avec Etty Hillesum

« Le commencement de notre amour pour Dieu consiste à écouter sa parole » Dietrich Bonhoeffer

Etty Hillesum (1914-1943) est une jeune femme juive hollandaise qui mourut à Auschwitz en 1943. Initialement éloignée de Dieu, elle le découvre en regardant en profondeur à l’intérieur d’elle-même Cette jeune fille fragile et insatisfaite, transfigurée par la foi, se transforme en une femme pleine d’amour et de paix intérieure, capable d’affirmer : « Je vis constamment en intimité avec Dieu ». Extraits de « Une vie bouleversée »

« “Écouter au-dedans” [Hineinhorchen], je voudrais trouver, pour le dire, une bonne expression hollandaise. En fait, ma vie n’est qu’une perpétuelle“écoute au-dedans” de moi-même, des autres, de Dieu. Et lorsque je dis que “j’écoute au-dedans”, en réalité c’est Dieu en moi qui “écoute au-dedans”. Ce qu’il y a de plus essentiel et de plus profond en moi écoute ce qu’il y a de plus essentiel et de plus profond en l’autre. De Dieu à Dieu. »

« Je suis prête à tout accepter, tout lieu de la terre où il plaira à Dieu de m’envoyer, prête aussi à témoigner à travers toutes les situations- et jusqu’à la mort, de la beauté et du sens de cette vie : si elle est devenue ce qu’elle est, ce n’est pas le fait de Dieu mais le nôtre. Nous avons reçu en partage toutes les possibilités d’épanouissement,mais n’avons pas encore appris à exploiter ces possibilités ». juil 1942

Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu.

Je me dispose à me laisser rejoindre par cet appel à écouter la Parole, parole qui nous guide vers la vie.Je fais silence en moi.

Je lis lentement ces extraits, quelles images ou quels mots me touchent le plus ?

Quel regard nouveau sur ma vie est-ce que je me sens appelé-e à poser ?

Je choisis quelques paroles que je répète, que je rumine, tant qu’elles me donnent du goût.

Je peux regarder ces derniers jours ou semaines et je peux repérer les moments où j’ai été particulièrement à l’écoute de moi-même, des autres et de Dieu.

Ou bien des situations où j’ai eu l’impression de ne pas avoir été à l’écoute

Je parle de tout cela au Seigneur, je peux rendre grâce, demander pardon et lui exprimer mon désir de me laisser transformer par la Parole.

Et je termine en disant: Notre Père…

1.	Écoute, Entends la voix de Dieu. A celui qui a soif, Il vient se révéler. 
Écoute, Que tout en toi se taise, Que tout en toi s’apaise, Et que parle ton Dieu. 

2.	 Écoute, Laisse-là ton souci, Que se taisent les mots, Que s’éloignent les cris. 
Écoute, Dieu sème sans compter. Sa parole est le pain Qui vient nous rassasier. 
3.	Écoute, Dieu t’invite au désert, Au silence du cœur, A la source sans fin. 
Écoute, Il se tient à la porte, Il frappe, et bienheureux Celui qui ouvrira.

4.	Ecoute, Dieu passe près de toi, Dans la brise légère, Dans le vent de l’Esprit. 
Ecoute, tu es aimé de Dieu, Tu es choisi par Dieu, Il veut pour toi la vie.

Marie-Madeleine près du tombeau

Evangile selon St Jean.  (Jn 20, 11-18)

En ce temps-là, Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent :« Femme, pourquoi pleures-tu ? »Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. »Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. »Jésus lui dit alors : « Marie ! »S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit.

L’octave de Pâques nous fait entendre, chaque jour, un récit de résurrection. Arrêtons-nous sur la résurrection à Marie Madeleine, proposée par la liturgie pour ce mardi.

Je pose, je repose mon corps et mon esprit. Je dépose tout ce qui peut m’encombrer et me dispose à l’écoute de la Parole du seigneur. Je demande la grâce de reconnaître le Seigneur par sa Parole

Au début du chapitre 20 de l’évangile de Jean, Marie Madeleine vient au tombeau et le trouve vide. Elle va chercher Pierre et Jean qui se rendent sur les lieux. Il est dit de Jean : « il vit et il crut ». Rien n’est dit de la foi de Pierre, à cet endroit de l’évangile. Les deux disciples rentrent chez eux, laissant Marie Madeleine seule devant le tombeau.

Je lis lentement l’évangile.

Je m’arrête sur la première partie du texte :

Je perçois la douleur de Marie. (Les pleurs sont plusieurs fois mentionnés)

Je perçois une forme d’indifférence, à l’environnement : Marie Madeleine, quasi tétanisée, ne s’étonne pas de la présence des anges. Elle n’est attentive qu’au manque, qu’à l’absence. (L’endroit où avait reposé le corps / on a enlevé mon Seigneur)

Je relis le texte, en contemplant la fresque de Fra Angelico.

Le jardin luxuriant de végétation, avec son tapis de fleurs et les arbres vigoureusement dressés. Image de l’Eden originel. Le résurrection comme nouvelle création.

Le contraste entre le noir de l’entrée du tombeau et la robe lumineuse du Christ. Victoire de la vie sur les ténèbres

La relation entre les deux personnages.

  • Marie tournée désormais vers Jésus. (« Se retourner » mentionné à deux reprise)
  • Jésus qui esquisse un pas, qui s’éloigne du tombeau. Il porte une bêche, pour suggérer la méprise de Marie Madeleine le prenant pour le jardinier.
  • La proximité-distance des deux personnages, vêtus de couleur différente, mais portant l’un et l’autre une auréole dorée. Celle du Christ porte une croix rouge. Les deux mains de Madeleine qui veulent saisir le Christ et le geste du Christ qui veut maintenir la distance. « Ne me retiens pas ».

Je reviens au texte d’évangile.

J’entends la question de Jésus : « que cherches-tu ? ». Et moi, aujourd’hui, qui est-ce que je cherche dans ma prière, dans ma foi ?

J’écoute le dialogue entre Marie Madeleine et Jésus : « Marie » / « Rabbouni ». La reconnaissance que n’avait pas permis le regard est ouverte par l’écoute. « Les brebis le suivent, parce, qu’elles connaissent sa voix. » (Jean, 10, 4). Et moi, que mets-je en œuvre pour écouter la voix du Seigneur ?

Je médite sur le désir de Marie Madeleine de saisir, de s’approprier « j’irai le prendre », et sur la demande de Jésus : « ne me retiens pas. ». Dès ce récit de résurrection, Jean annonce l’Ascension. « Je monte vers mon Père et votre Père. ». Et moi, comment est-ce que je comprends cette tension entre l’intimité avec le Seigneur et la nécessaire distance ?

J’entends la demande du Seigneur « va trouver mes frères. ». Je ne peux garder le Seigneur pour moi, mais suis appelé à  L’annoncer à mes frères, fils d’un même Père. Et moi, comment, est-ce que je me situe comme « disciples missionnaire » ?

Je confie au Seigneur ma recherche et tous les frères à qui annoncer le Seigneur.

Fils dans le fils, je termine en disant « Notre Père… »

Prier devant le Christ en croix

« Devant le Christ en croix », un poème de Jacques Guillet sj, avec des photos du Christ souriant du château familial de François-Xavier.

Quand on s’est mis devant le Christ en Croix,
et qu’on se voit pécheur jusqu’au fond de l’être, 
Qu’on se sait pardonné par le plus grand amour, 
on peut affronter le malheur du monde, 
On peut apporter le pardon et l’espoir au cœur de la nuit, 
annoncer une Eglise fondée sur Pierre, pécheur et pardonné.
Quand on rêve d’apporter la justice aux affamés, 
la joie aux malheureux, la paix entre les ennemis, 
Et qu’on a vu Jésus toucher les lépreux,
embrasser les enfants et sécher les larmes des mères, 
On peut oser lui demander d’être admis à sa suite, 
et de marcher parmi ses disciples.
Quand on a entendu les cris de détresse de la terre, 
et qu’on sent germer l’espoir aux quatre vents du monde, 
On cherche à rejoindre le cœur de l’univers, 
le centre mystérieux de l’humanité 
Et l’on va se mettre au service de l’Eglise et du Pape ,
pour mieux entendre ses appels.
Quand on a livré sa vie au Seigneur Jésus, 
quand on engage son existence devant une décision de fond ,
On trouvera toujours dans le monde des frères et des sœurs, 
des hommes et des femmes sachant pourquoi ils vivent, 
Et l’on verra paraître le vrai visage d’un Eglise ,
accueillante et sereine au milieu des hommes.
Quand on est lié par le coeur des frères ,
François-Xavier, Jean de Brébeuf, Pierre Claver,
Et ceux aujourd’hui 
dans les prisons de Chine ou les bidonvilles d’Afrique, 
On n’a plus peur de rester inutile dans un monde rétréci  :
de tous les horizons, Dieu saura nous appeler.

Rameaux

Chaque année, en notre qualité de Chrétiens, nous célébrons le mystère central de notre foi: la Mort-Résurrection de Jésus; chaque année, nos voisins juifs célèbrent la Pâque juive, fête de la commémoration de leur libération, de la protection de Dieu lors de leur exode de l’Egypte.

Les liens entre les deux fêtes sont profonds. Pâques, fête de libération, nous vient de la fête juive.

Les Rameaux que nous avons fêtés hier  ouvrent  la Semaine Sainte. Cette fête fait mémoire de ces jours où Jésus fut acclamé comme un roi par les habitants de Jérusalem qui le saluaient avec des palmes, avant d’être condamné à mort comme un malfaiteur. Les « rameaux » de feuillage toujours vert, bénis  par le prêtre, rappellent que la vie ne finit pas.

Prenons le temps de contempler ce vitrail

Remarquons : les couleurs, les personnages, leur position

Remarquons  aussi : Jésus sur l’âne

Les disciples qui l’accompagnent

Les branches et les vêtements à terre

La foule qui acclame

Avec cette foule  qu’avons-nous à dire, à proclamer, à chanter ?

Prenons un temps de silence et de méditation.

Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens (2, 6-11)

Le Christ Jésus,
ayant la condition de Dieu,
ne retint pas jalousement
le rang qui l’égalait à Dieu.

Mais il s’est anéanti,
prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes.

Reconnu homme à son aspect,
il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort,
et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté :
il l’a doté du Nom
qui est au-dessus de tout nom,

afin qu’au nom de Jésus
tout genou fléchisse
au ciel, sur terre et aux enfers,

et que toute langue proclame :
« Jésus Christ est Seigneur »
à la gloire de Dieu le Père.

« Aujourd’hui nous sommes en plein paradoxe. D’un côté nous sommes remplis de joie. Quand Jésus entre à Jérusalem, de grandes foules se réjouissent. Le voilà enfin, le Sauveur tant attendu ! Le Messie est là ! La Rédemption est en cours.

Mais de l’autre côté, nous avons entendu le triste récit du Seigneur rejeté, souffrant mis à mort: c’est la Passion. Le dimanche des Rameaux est aussi le dimanche de la Passion. C’est un moment solennel, empreint de gravité.

Ces deux « entrées » avaient pour motif l’amour de Dieu, ce même amour qui a amené Jésus à être obéissant au Père jusqu’à la croix, pour racheter la désobéissance d’Adam, payer le prix de nos péchés, et sauver l’humanité du désespoir et de l’injustice.

Voilà donc la solution du paradoxe. La source de notre tristesse, c’est notre péché, le péché du monde. Mais la source de notre joie, c’est l’amour du Christ, la raison même pour laquelle Jésus était prêt à souffrir, et la puissance qui, par le sacrifice de la croix, remporte la victoire sur le mal. De cette manière, les chrétiens peuvent toujours vivre le paradoxe du dimanche des Rameaux, et peuvent toujours trouver la joie, la joie de l’amour infini du Christ, en proie aux douleurs les plus atroces.

Père Joël-Laurent Vanborre

Concluons ce temps de prière par la prière reçue de Jésus lui-même :Notre Père

Bonne semaine sainte !

Avec l’ Amandier en fleurs de Vincent Van Gogh

Amandier en fleurs – Vincent Van Gogh – février 1890 – Huile sur toile 73,5 x 92 cm

Je regarde ce tableau peint par Vincent Van Gogh en février à Saint-Rémy-de-Provence. C’est une branche d’amandier en fleurs. L’amandier est l’un des arbres les plus précoces ; en Provence, il fleurit dès le mois de février  et annonce le printemps.

Van Gogh l’a peint à l’occasion du baptême du fils de son frère Théo dont il est le parrain, une manière de donner à voir cette vie nouvelle reçue au baptême.

Je prends le temps de contempler cette œuvre, influencée par l’art japonais.

Je regarde le fond qui, loin d’être uniforme, est fait de petites touches de couleur avec des nuances de bleu plus ou moins foncées.

Je regarde au centre en bas, les lignes tortueuses des branches ; de couleur vert plutôt foncé, elles sont soulignées d’un trait noir. Elles s’enchevêtrent, rugueuses, noueuses et de là partent de nombreuses ramifications, toutes aussi  tortueuses.

Je regarde les fleurs, petites taches de couleur claire ; à l’inverse des branches, leur contour n’est pas marqué, leur donnant un aspect de fragilité. Lumineuses, elles irradient l’ensemble si bien que les petites branches aux extrémités reflètent cette lumière.

Lumineuses, elles irradient l’ensemble si bien que les petites branches aux extrémités reflètent cette lumière.

Quelle impression d’ensemble ? Quelle émotion produit en moi ce tableau ?

Je prends le temps de la prière

Je me mets en présence du Seigneur et lui demande de fortifier mon espérance.

Dans la Bible, on trouve aussi une allusion à l’amandier. Dans le récit de la vocation de Jérémie (Jr 1, 11-12), Le Seigneur demande à Jérémie : « Que vois-tu ? » et Jérémie répond : « Ce que je vois, c’est un rameau d’amandier ». A cela le Seigneur répond : « C’est bien vu ! Je veille à l’accomplissement de ma parole. » En hébreu, le mot ‘amandier’ est  proche du mot ‘vigilant’.  Pour Jérémie, si  l’amandier annonce  le printemps, il évoque aussi  la vigilance de Dieu, pour qu’advienne son règne.

Devant cette branche d’amandier en fleurs, je fais alors remonter  ce qui fait ma vie, en ce moment.

Je repère ce qui me semble rude, noué, rugueux … ce qui me trouble et m’inquiète… ce qui me semble compliqué … ce qui est douloureux. Et je confie au Seigneur tout ce qui est lourd à porter.

Je repère aussi toutes les petites fleurs d’espérance autour de moi. Ce sont souvent de petites choses : des gestes qui aident à vivre, des petits changements, des chemins de paix… tout ce qui me parait bon et ouvre un avenir.

Et j’en rends grâces au Seigneur.

Je parle au Seigneur :

Alors que nous nous apprêtons à célébrer le mystère pascal,  je peux  Lui demander de renforcer ma foi  dans le salut qui vient, dans la vie plus forte que la mort …

Je peux aussi lui rendre grâces pour le Royaume déjà là…  Ou pour  la vie nouvelle reçue au baptême et lui demander sa lumière et sa force pour poser, à mon tour, un geste porteur d’espérance…

Je termine en écoutant le chant : « Ta nuit sera lumière de midi »

Psaume 105

Je m’installe, respire profondément, fais silence en moi et me prépare à la rencontre avec le Seigneur… en union avec le psalmiste et tous mes frères et sœurs juifs et chrétiens…

Je lis le psaume une première fois… puis je le relis, lentement…

04 Souviens-toi de moi, Seigneur, 
dans ta bienveillance pour ton peuple ;
06 Avec nos pères, nous avons péché, 
nous avons failli et renié.

19 A l'Horeb ils fabriquent un veau, 
ils adorent un objet en métal :
20 ils échangeaient ce qui était leur gloire 
pour l'image d'un taureau, d'un ruminant.
21 Ils oublient le Dieu qui les sauve, 
qui a fait des prodiges en Égypte,
22 des miracles au pays de Cham, 
des actions terrifiantes sur la mer Rouge.

23 Dieu a décidé de les détruire. 
C'est alors que Moïse, son élu, 
surgit sur la brèche, devant lui, 
pour empêcher que sa fureur les extermine.

Ce psaume reprend l’histoire d’Israël… il rappelle la patience inépuisable de Dieu …Par la bouche du psalmiste, le peuple confesse les péchés de ses pères, évoque sa culpabilité …

Je peux faire mémoire de cette première Alliance… du peuple juif, frère aîné dans la foi…et/ou méditer les propos du pape François:

« Un regard très spécial s’adresse au peuple juif, dont l’Alliance avec Dieu n’a jamais été révoquée, parce que « les dons et les appels de Dieu sont sans repentance » (Rm 11, 29). L’Église, qui partage avec le Judaïsme une part importante des Saintes Écritures, considère le peuple de l’Alliance et sa foi comme une racine sacrée de sa propre identité chrétienne (cf. Rm 11, 16-18).

En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas considérer le judaïsme comme une religion étrangère, ni classer les juifs parmi ceux qui sont appelés à laisser les idoles pour se convertir au vrai Dieu (cf. 1Th 1, 9). Nous croyons ensemble en l’unique Dieu qui agit dans l’histoire, et nous accueillons avec eux la commune Parole révélée. » (in Evangelii Gaudium n° 247)

C’est le temps du Carême… temps de conversion…temps de la réconciliation…

Souviens-toi de moi, Seigneur, dans ta bienveillance"
"nous avons péché, nous avons failli et renié."
"Ils oublient le Dieu qui les sauve,"

Je confie au Seigneur ce qui m’habite… mes erreurs, ma confiance… une demande de grâce, de pardon…

Je termine en m’adressant à Notre Père

Avec Saint Joseph – Contempler une oeuvre d’art

Je trace sur moi, lentement, le signe de la croix et me dispose à la prière. Attentif à ma respiration, je m’efforce, à l’expiration, de me libérer des préoccupations qui peuvent empêcher ma disponibilité à l’écoute du Seigneur.   

Je contemple une œuvre d’art

En cette fête de St Joseph, je contemple cette œuvre de François-Xavier de Boissoudy.

Du fond légèrement opaque, émergent les deux figures de Jésus et de Joseph. Je m’arrête sur la lumière qui irradie des deux visages.

Je suis sensible au regard de Joseph, à la fois ouvert à la relation à son fils, et tourné en lui-même, centré sur son intériorité. Ma relation à l’autre touche à la relation que j’entretiens à moi-même et à Dieu.

Je contemple maintenant le visage de Jésus, les yeux ouverts et le visage souriant à la tendresse manifestée par Joseph, une tendresse qui anime son visage, qui fait sourdre la vie.

Je suis du regard le bras de Joseph, sa main délicatement posée sur l’épaule de Jésus, qui dit la confiance, l’encouragement. Une ligne lumineuse qui va du visage, du cou et de la poitrine, de son bras jusqu’à ses doigts semble transmettre un flux lumineux.

Prenant un peu de recul, j’observe comment l’œuvre met en scène la complexité délicate de toute relation.

Deux personnes qui existent dans et par la relation…dans la proximité d’un contact et dans la distance gardée dans l’échange de regards.

François-Xavier de Boissoudy veut représenter, dans cette œuvre, l’accueil de Jésus par Joseph, après sa « disparition » au Temple, pour enseigner les Docteurs. Bonheur de retrouver son fils après l’inquiétude suscitée par son absence. Consentement à sa liberté.

Je médite un texte du Pape François

En 2020, à l’occasion du 150ème anniversaire de la déclaration de St Joseph comme patron de l’Église universelle, le Pape François a écrit le texte Patris corde, « avec un cœur de père ».

J’en lis un extrait.

« Joseph a vu Jésus grandir jour après jour « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Lc 2, 52). Tout comme le Seigneur avait fait avec Israël, « il lui a appris à marcher, en le tenant par la main : il était pour lui comme un père qui soulève un nourrisson tout contre sa joue, il se penchait vers lui pour lui donner à manger » (cf. Os 11, 3-4).

Jésus a vu en Joseph la tendresse de Dieu : « Comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint » (Ps 103, 13).

Joseph aura sûrement entendu retentir dans la synagogue, durant la prière des Psaumes, que le Dieu d’Israël est un Dieu de tendresse, qu’il est bon envers tous et que « sa tendresse est pour toutes ses œuvres » (Ps 145, 9).

L’histoire du salut s’accomplit en « espérant contre toute espérance » (Rm 4, 18), à travers nos faiblesses. Nous pensons trop souvent que Dieu ne s’appuie que sur notre côté bon et gagnant, alors qu’en réalité la plus grande partie de ses desseins se réalise à travers et en dépit de notre faiblesse. C’est ce qui fait dire à saint Paul : « Pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » » (2 Co 12, 7-9).

Si telle est la perspective de l’économie du salut, alors nous devons apprendre à accueillir notre faiblesse avec une profonde tendresse. »

A partir de ma propre expérience (de père, de mère, de fils, de fille, d’époux, d’épouse, d’ami, d’amie…), je laisse monter à moi une expérience ressentie de tendresse.

Comment cette expérience vécue peut se faire perception de la relation que le Seigneur veut établir avec moi ?

En ce temps de carême, où nous sommes appelés à nous convertir, le Pape nous invite à nous regarder nous-même avec tendresse.

Comment, dans ce chemin qui mène vers Pâques, puis-je ajuster la relation à moi-même, dans un équilibre entre exigences et consentement à mes limites ?

Je poursuis ma prière par une parole personnelle, présentant au Seigneur mon offrande, ma louange, ma supplication…

Avec toute l’Église, je dis « Notre Père… » et termine en traçant à nouveau sur moi le signe de la croix.

Psaume 94

Le psaume qui nous est donné par la liturgie en ce jeudi 16 mars est le psaume 94 dit « Psaume invitatoire »

Le psaume dit « invitatoire » ne peut être envisagé seul, il fait partie de l’introduction de l’office qu’on appelle l’invitatoire, ce qui ouvre le premier office de la journée (lectures ou laudes),

ce qui nous invite (d’où le nom) à entrer dans la prière, ce qui nous invite à nous tourner vers Dieu dès le lever du jour. « Venez crions de joie pour le Seigneur ! »         Sœur Marie-Paule Somville, bénédictine

Avant de prier ce psaume écoutons l’expérience de Frère Benoit , qui chaque matin commence sa prière par ce psaume :

« Chaque matin, la foule des priants se laisse éveiller à l’appel de ce Psaume 94, chaque matin, le voilà qui emplit ma bouche et résonne à mes oreilles. Oui, c’est bien aujourd’hui que je veux entendre Ta voix, au milieu du fracas incessant des mille autres voix qui emplissent ma tête et mes sens. Pourquoi Ta voix ne résonne-t-elle pas comme le roulement du tonnerre ? Pourquoi se fait-Elle sentir seulement dans la discrétion, comme un doux souffle de vent à peine perceptible ?

Une fois encore, j’ai ouvert le Livre des Psaumes. Ligne après ligne, j’écoute le cri du Quatre-vingt-quatorzième. Mon cœur est-il donc si endurci, que je ne perçoive que des mots imprimés sur un morceau de papier, et peut-être trop souvent répétés ? Ton souffle va-t-il faire frémir la feuille et animer les paroles ? Parle, Seigneur, et permets à mon cœur d’accueillir ce message que Tu me destines pour aujourd’hui ! » Frère Benoît Billot 

Maintenant en union avec tous les priants du monde, mettons nous en disposition pour nous tourner vers Dieu à l’aide de ce psaume

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
 Allons jusqu'à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

 Oui, le grand Dieu, c'est le Seigneur,
le grand roi au-dessus de tous les dieux :
 il tient en main les profondeurs de la terre,
et les sommets des montagnes sont à lui ;
 
à lui la mer, c'est lui qui l'a faite,
et les terres, car ses mains les ont pétries.

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
 Oui, il est notre Dieu ; +
nous sommes le peuple qu'il conduit,
le troupeau guidé par sa main.

Aujourd'hui écouterez-vous sa parole ? +
 « Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
comme au jour de tentation et de défi,
 où vos pères m'ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit.

 « Quarante ans leur génération m'a déçu, +
et j'ai dit : Ce peuple a le cœur égaré,
il n'a pas connu mes chemins.
 Dans ma colère, j'en ai fait le serment :
Jamais ils n'entreront dans mon repos. »