Prier avec les fruits d’automne

Au début de ce temps de prière, je me mets en présence du Seigneur en faisant le signe de croix.

Je me dispose à l’écouter et lui demande la grâce  d’être témoin de son amour.

Je regarde ces fruits d’automne.

J’observe leurs  couleurs vives ; leurs formes diverses ;  je les nomme; je me remémore leur saveur…

Je vois la diversité et la profusion de ces fruits qui, gorgés d’eau et de soleil, sont arrivés à maturité ; j’imagine les différents arbres qui les ont portés, leurs branches ployant sous les fruits… le temps de la cueillette…

Je laisse monter mon action de grâces pour tous ces fruits, toutes ces bonnes choses qu’offre la nature.

Je me souviens de paroles de Jésus parlant de fruits

L’évangile est plein d’images de la nature ; Jésus prend appui sur elles pour faire comprendre quelque chose de la vie spirituelle. Il parle de semences et de moissons, de vigne, de figuier …

« Je suis la vigne, vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » Jn 15, 5

Afin de porter du fruit, est-ce que je ressens le besoin de rester ‘branché’ sur le Christ ? Quels  moyens que je prends pour cela ?

« Supposez qu’un arbre soit bon, son fruit sera bon ; supposez-le malade, son fruit sera malade : c’est au fruit que l’on reconnait l’arbre. » (Mt 12, 33).

Le fruit est un repère. Qu’est-ce qui, autour de moi, procure paix, joie,  davantage de vie ?  Quels  gestes, actions, paroles  porteurs de solidarité, de fraternité, de réconciliation me reviennent en mémoire ?

« Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher du fruit et n’en trouva pas. Il dit alors au vigneron : ‘voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier et je n’en trouve pas. Coupe-le. Pourquoi  faut-il encore qu’il épuise la terre ?’ Mais l’autre lui répond : «’Maître, laisse le encore cette année, le temps que je bêche tout autour et que je mette du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas’. » Lc 13,6-9

A ses disciples, Jésus  dit l’urgence de la conversion. Qu’est-ce qui en moi est à convertir  pour que là où je suis-je puisse porter davantage de fruits ?

Je parle au Seigneur de ce que j’ai découvert à travers cette méditation et lui adresse ma prière.

Je termine ce temps en écoutant le chant de Didier Rimaud : « la gloire de Dieu notre père »

Enfin en ce mois  d’octobre dédié à la mission, je prie pour que l’Eglise porte du fruit et je m’associe à la prière du pape  François :

« Prions pour que l’Eglise, fidèle à l’Evangile et courageuse dans son annonce, soit un lieu de solidarité, de fraternité et d’accueil.

Qu’elle vive de plus en plus la synodalité. »

Vous avez dit sobriété ?

Sobriété, maître mot de cette rentrée après une crise de l’énergie provoquée par la guerre en Ukraine et un été marqué par des épisodes climatiques hors normes ! La sobriété consiste à nous questionner sur nos besoins et à les satisfaire en limitant leurs impacts sur l’environnement. 

Bien avant cela, le pape François,  dans son encyclique « Laudato Si » parlait de « Sobriété heureuse »

Après la journée spéciale sur la sobriété du 21 septembre 2022, prenons le temps de relire ce que nous dit le Pape au n°223

« La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire ; car en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment , sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples.

Ils ont ainsi moins de besoins insatisfaits et sont moins fatigués et moins tourmentés. On peut vivre intensément avec peu, surtout quand on est capable d’apprécier d’autres plaisirs et qu’on trouve satisfaction 

dans les rencontres fraternelles,
dans le service,
dans le déploiement de ses charismes,
dans la musique et dans l’art,
dans le contact avec la nature,
dans la prière »

Au n°225 il insiste en disant : « Par ailleurs, aucune personne ne peut mûrir dans une sobriété heureuse, sans être en paix avec elle-même »

« Pour créer son œuvre, le sculpteur n’ajoute rien à la matière, au contraire, il lui retire ce qui est en trop pour révéler ce qui était déjà là, faire jaillir le fond en brisant l’apparence de la forme brute. De même, nous sommes invités à nous simplifier pour qu’apparaisse ce qui est déjà en nous, pour aider notre être intérieur à refaire surface. » (la fonction de la sobriété selon Jean-Guilhem Xerri dans « Prenez soin de votre âme »)

Vivre mieux avec moins : est-ce bien réaliste ? Vivre mieux, est-ce vivre avec l’essentiel ? et quel est-alors, notre essentiel ? goûtons une vie plus simple !

Qu’est-ce que j’ai besoin de convertir encore en moi pour vivre cette sobriété heureuse ?

Est ce qu’il y a des choses qui me paraissent « en trop » dans notre vie ? Qu’est-ce que je pourrais faire
désormais concrètement pour répondre à cet appel du Seigneur à vivre plus simplement ?
Y a-t-il un moment tout simple de ma vie qui me rend heureux ?

Dieu nous associe à sa Création ; comment est-ce que je réponds?

Je demande au Seigneur de continuer à m’accompagner dans ce chemin de
conversion . Avec cette prière de saint Ignace, je m’abandonne à son amour :

“Prends Seigneur et reçois
toute ma liberté,
ma mémoire, mon intelligence
toute ma volonté.
Reçois tout ce que j’ai,
tout ce que je possède.
C’est toi qui m’as tout donné
à toi, Seigneur, je le rends.
Tout est à toi, disposes-en
selon ton entière volonté
et donne-moi ta grâce,
elle seule me suffit.”
Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

L’acte créateur

Je me mets à l’écart pour un temps de méditation. Je m’installe en cherchant le lieu, puis la posture qui me convient, pour me sentir libre et disponible. Je prends le temps de faire le calme en moi, en étant attentif à ma respiration. J’inspire et j’expire plusieurs fois, sans forcer, m’efforçant de déposer toutes les préoccupations qui m’encombrent. Je trace sur moi le signe de croix.

Je demande la grâce d’être l’artisan de ma propre vie, avec le secours du Seigneur.

Je contemple ces deux œuvres de deux céramistes contemporains.

1.Corinne Gueho – « Mur mur » – Galerie Capazza, Nançay 2022 – Exposition Terra Incognita

2.Joan Serra « Argile, manganèse et lustre d’or » – Galerie Capazza, Nançay 2022 – Exposition Terra Incognita

Corinne Gueho travaille deux sortes de terre, noire et blanche, auxquelles elles donnent des formes géométriques, devenues lisses par un long travail de polissage. Horizontalité massive des deux socles noirs. Verticalité de deux maisons qui dressent la pointe de leur toiture. Celle de gauche, d’une blancheur immaculée. Celle de droite, où le blanc s’efforce de gagner sur le noir, encore présent.

Joan Serra associe la terre au métal. Un bloc de terre noire, encore brut, irrégulier, grumeleux, d’où semble sortir une surface encore en gestation, où les plis semblent encore lutter au travail qui s’efforce d’aplanir, d’égaliser…Baudelaire peut venir à l’esprit lorsqu’il évoque le travail du poète créateur : « tu m’as donné ta boue, et j’en ai fait de l’or. »

Je médite maintenant sur l’acte créateur, sur le geste du potier, geste inaugural posé par Dieu lui-même. « Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Genèse, 2, 7)

Je médite ensuite sur mes propres gestes créateurs que j’accomplis pour façonner mon chemin de vie, chacun étant appelé par le Seigneur à être co-créateur :

Comment est-ce que je m’efforce de rendre ma vie « habitable », à l’image des maisons solidement fondées de Corinne Gueho…Que puis-je dire de la solidité du socle sur lequel je construis ? « Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. » (Matthieu, 7, 24). Quelles sont mes fragilités ? Quels obstacles est-ce que je rencontre ? Quelles résistances peuvent exister en moi ?

Comment est-ce que je m’efforce de polir les aspérités de ma propre vie, pour progresser vers une vie plus harmonieuse, plus lumineuse, à l’image de la surface dorée émergeant du chaos, dans l’œuvre de Joan Serra ? Je peux voir, dans cette création, la naissance d’un livre doré et lumineux, comme le livre que je cherche à écrire de ma propre vie.

Prenant conscience de mon labeur, de mes combats, mais aussi des éclats de lumière reçus, j’écoute Paul : « La Création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. » (Romains, 8)

Je me tourne vers le Seigneur, dans une conversation intime et confiante, pour lui présenter mes difficultés et mes réussites. Je lui demande son aide. « Seigneur, viens à mon secours. »

Je termine en disant le psaume 4

Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! Toi qui me libères dans la détresse, pitié pour moi, écoute ma prière !
 Fils des hommes, jusqu'où irez-vous dans l'insulte à ma gloire, * l'amour du néant et la course au mensonge ?
Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle, le Seigneur entend quand je crie vers lui.
Mais vous, tremblez, ne péchez pas ; réfléchissez dans le secret, faites silence.
 Offrez les offrandes justes et faites confiance au Seigneur.
 Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? » Sur nous, Seigneur, que s'illumine ton visage !
Tu mets dans mon cœur plus de joie que toutes leurs vendanges et leurs moissons.
 Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d'habiter, Seigneur, seul, dans la confiance.

Psaume 117

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur.

Tu es mon Dieu, je te rends grâce,
mon Dieu, je t’exalte !
Je te rends grâce car tu m’as exaucé :
tu es pour moi le salut.

Je me dispose à la prière, en me mettant à l’écart.

         Je lis le psaume, à haute voix.

         J’accueille ce psaume d’action de grâce, empli d’Espérance et d’énergie.

Je suis sensible au fait que le psaume commence par un pluriel (Rendez grâce), une référence à la collectivité du peuple (que le dise Israël), avant que le psalmiste ne passe à la première personne : « je ne mourrai pas, je vivrai » / « je te rends grâce » …

A mon tour, comme le psalmiste, je fais mémoire des expressions que j’ai reçues de l’Église pour qualifier Dieu (Dieu d’amour, Dieu puissant…) et je m’efforce de percevoir, dans mon expérience, la façon dont ces expressions prennent sens, dans une relation concrète au Seigneur.

De quoi, à mon tour, puis-je rendre grâce, aujourd’hui ?

         Je relis le psaume, lentement, prenant la place du psalmiste…

         Je peux aussi l’écouter chanter.

Je termine par le Notre Père…

Dans mon quotidien

Je me dispose à prier le Seigneur en contemplant ce tableau d’Arcabas. Je fais silence en moi et  lui demande son Esprit Saint.

Arcabas (1926- 2018) – Atelier de Joseph

Dans un premier temps je contemple l’œuvre

Je regarde au centre l’enfant vêtu de bleu, pieds nus et le regard grave tourné vers moi ; sa tête est auréolée d’or ; il se tient bien droit et porte dans ses mains une planche, qui semble trop grande pour lui, et des tenailles.

Il se fraie un passage entre deux éléments verticaux qui le dépassent ; d’un côté un homme debout, de la couleur de la terre,  et de l’autre un établi de couleur sombre ; tous deux sont bien plantés dans le sol et forment un arc au-dessus de l’enfant. Je regarde cet homme massif, solide, simplement ébauché ;  ses bras, à l’horizontale,  éclairés d’or,  actionnent une scie au-dessus de l’enfant,  donnant l’impression d’un geste protecteur.

Je me laisse toucher par ce que je vois. Que me dit cette représentation, de Jésus, de son enfance, de sa vie cachée à Nazareth ?

Avec cet enfant  qui partage le quotidien de son père, Joseph le charpentier, je peux méditer le mystère de l’Incarnation. Cet enfant, venu partager le quotidien d’un artisan de Galilée est  aussi  le Fils de Dieu, Christ, mort sur la croix et ressuscité. 

J’en parle au Seigneur.

Dans un deuxième temps, je peux méditer sur la présence du Christ dans notre quotidien aujourd’hui.

En cette période de septembre, marquée par de nombreuses rentrées, je peux faire mémoire des réalités de la vie ordinaire : l’école et tous les apprentissages, le travail, les activités qui reprennent ; les tâches quotidiennes souvent répétitives…

Jésus, en son temps les a partagées pendant 30 années. Cela n’auréole-t-il pas ce quotidien d’une valeur inestimable ?

Je peux rendre grâce au Seigneur pour sa présence à mes côtés dans l’ordinaire des jours et lui demander de voir cet ordinaire avec son regard.

Je peux  lui confier ce quotidien. Confier ce qui fait ma vie, mais aussi tous ces enfants, ces jeunes  qui sont scolarisés ;  tous ces parents qui donnent le meilleur pour qu’ils grandissent ; tous ces professeurs, éducateurs qui enseignent leur savoir-faire ; tous ceux qui ont un travail pénible ou sont en recherche d’emploi…

Je peux terminer ce temps avec la prière du pape François à st Joseph 

Salut, gardien du Rédempteur,
époux de la Vierge Marie.
À toi Dieu a confié son Fils ;
en toi Marie a remis sa confiance ;
avec toi le Christ est devenu homme.
O bienheureux Joseph,
montre-toi aussi un père pour nous,
et conduis-nous sur le chemin de la vie.
Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage,
et défends-nous de tout mal. Amen.

Comment est-ce que je prie ?

Jean Jacques Sempé, dessinateur, notamment du Petit Nicolas, est décédé le 11 Août.

Beaucoup de ses dessins, dans une abondante production, évoquent la foi et la religion. Par exemple, dans son ouvrage Quelques mystiques, dont sont extraits ces trois dessins.

J’ai tellement confiance en vous que la plupart du temps, je vous appelle Docteur.

Si vous ne pouvez pas tout m’accorder tout de suite, disons 50% pour commencer, le solde courant de l’année.

Merci pour tout.

Je me laisse provoquer par ces dessins humoristiques pour méditer sur ma façon de me tenir dans la prière.

Les dessins de Sempé opposent souvent le cadre très solennel, très vaste d’un lieu de culte à la petite taille du personnage, tenant des propos très familiers…

Occasion de contempler Dieu transcendant, dans sa gloire, et en même temps si proche, si familier qui m’invite à faire alliance et à lui parler « comme un ami parle à un ami. ».

Et moi, quelle est ma vision de Dieu ? Comment j’entre en dialogue avec « Dieu Tout puissant », se mettant à ma portée ?

« N’approche pas d’ici, retire tes sandales de tes pieds car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. » (Ex, 3, 5, Buisson ardent)

« Moïse prenait la Tente et la plantait pour lui, hors du camp, loin du cap. Il la nomma Tente du Rendez-vous (…) Yahvé parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à un ami. » (Ex, 33, 7 et 11)

La prière peut porter une demande.

Quelles sont, pour moi, les occasions de demander ? Qu’est-ce que je demande le plus souvent dans ma prière ? Qu’est ce je perçois de la réponse de du Seigneur ? Comment est-ce que je réagis si j’ai le sentiment qu’une de mes prières n’a pas été exhaussée ?

« Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. » (Luc, 11, 9)

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (…)

Mon Dieu, le jour j’appelle et tu ne réponds pas. » (Ps, 22, 2-3)

La prière est aussi action de grâces.

« Merci pour tout » est un peu rapide…  De quoi est-ce que je rends grâce, habituellement ? En ce jour, qu’est-ce qui peut me pousser à l’action de grâce ?

« Je te rends grâce, Yahvé, de tout mon cœur, J’énonce toutes tes merveilles. » (Ps 9, 2)

Je prends maintenant le temps de m’entretenir avec le Seigneur, pour lui remettre ma prière, telle qu’elle est aujourd’hui, dans la confiance.

Je termine en disant cette prière de Saint Claude La Colombière. (Proposée sur le site «Prie en chemin », le vendredi 2 Septembre)

Mon Dieu, je suis si persuadé que tu veilles sur ceux qui espèrent en toi, et qu’on ne peut manquer de rien quand on attend de toi toutes choses, que j’ai résolu de vivre à l’avenir sans aucun souci, et de me décharger sur toi de toutes mes inquiétudes : « Dans la paix, moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul, dans la confiance. » (Ps, 4,9). Les hommes peuvent me dépouiller et des biens et de l’honneur, les maladies peuvent m’ôter les forces et les moyens de te servir, je puis même perdre ta grâce par le péché ; mais jamais je ne perdrai mon espérance, je la conserverai jusqu’au dernier moment de ma vie, et tous les démons de l’enfer feront à ce moment de vains efforts pour me l’arracher : « Dans la paix, moi aussi, je me couche et je dors. » Certains peuvent attendre leur bonheur de leurs richesses ou de leurs talents, d’autres s’appuyer sur l’innocence de leur vie, ou sur la rigueur de leurs pénitences, ou sur le nombre de leurs aumônes, ou sur la ferveur de leurs prières. Pour moi, Seigneur, toute ma confiance, c’est la confiance même ; cette confiance ne trompa jamais personne. Je suis donc assuré que je serai éternellement heureux, parce que j’espère fermement de l’être, et que c’est de toi, ô mon Dieu, que je l’espère. Amen.

Saint Claude La Colombière.

Avec Saint Jean-Baptiste

Aujourd’hui, l’Église nous invite à faire mémoire du martyre de saint Jean-Baptiste qui rendit à Dieu le témoignage suprême du sang en immolant son existence pour la vérité et la justice.

 Il fut en effet décapité sur l’ordre d’Hérode, à qui il avait osé dire qu’il n’était pas licite de garder auprès de lui la femme de son frère.

Saint Jean-Baptiste, inspiré par l’Esprit de Dieu, se retira au désert pour mieux conserver son innocence et cultiver les dons extraordinaires dont il avait été favorisé. Il y vécut, depuis son enfance jusqu’à trente ans, dans la pénitence, la prière et la contemplation. Sa trentième année, il parut dans le monde pour y prêcher la pénitence et donner le baptême, qui en était le signe, d’où lui est venu le nom de Baptiste ou Baptise

            Je me mets en présence du Seigneur et je lui demande la grâce de me laisser toucher par l’appel de Jean-Baptiste à la conversion et à l’accueil de la Bonne Nouvelle.

            Je prends le temps de contempler cette icône du Martyre de Saint Jean-Baptiste et je laisse venir ce qui attire plus particulièrement mon regard : les formes, les couleurs, les mouvements…

Je peux m’arrêter sur le visage de Jean-Baptiste, porteur de paix, de désir de justice et de vérité.

Qu’est-ce que cela me dit de mon propre désir de rechercher la paix et la justice dans ma vie ? Je peux faire mémoire de situations personnelles de conflit, de jalousie ou d’injustice que j’ai vécues : quelle a été mon attitude ? Je peux en parler au Seigneur.

Je peux aussi observer les mains de Jean-Baptiste et du Christ. Dans un même alignement, elles sont prêtes à se rejoindre, ce qui rappelle la grande dévotion du prophète envers le Christ.

Et moi, qu’en est-il de ma relation à Dieu ?  Est-ce que je lui exprime régulièrement ma confiance en lui et ma fidélité ?

En bas à droite, l’âme de Jean-Baptiste qui repose sur le cœur de Jésus peut nous rappeler le passage de la Bible  dans lequel Jean-Baptiste témoigne de l’identité de Jésus « Voici l’agneau de Dieu » (Jean, 1, 36)

Comment cette Parole résonne-t-elle en moi ? Est-ce que je témoigne de la présence du Christ dans ma vie ? Comment ?

Je peux terminer le temps de prière par cette hymne, dans l’action de grâce pour la vie de Saint Jean-Baptiste qui resta fidèle à sa mission jusqu’au bout.

Prophète du Très-Haut,
Tu n'es pas la Lumière
Mais son témoin.
Avant même de naître,
Tu la révèles :
Joie sans parole !

Tu cries dans le désert,
Tout un peuple se lève
Vers le Jourdain ;
Ton baptême réveille
La soif d'eau vive :
Proche est la Source !

Voici l'Agneau de Dieu,
Tes disciples le suivent,
Tu restes là ;
Mais ton âme jubile
Quand ils l'écoutent :
Noces du Verbe !

Plus libre que les rois,
Tu contestes ce monde
Sans infini.
Ton martyre dans l'ombre
Prévient l'aurore :
Christ est lumière !

Des vitraux en vacances, chapelle de Cadreuc

Ce qui frappe en entrant dans cette chapelle, c’est la clarté et la lumière. L’intérieur est sobre ; seuls quatre vitraux, deux de chaque côté, aux couleurs chatoyantes viennent l’illuminer.

création et réalisation Gilles Audoux –  2017

création et réalisation Gilles Audoux –  2017

Les couleurs sont vives, chaleureuses, lumineuses et il y a du mouvement. Les formes et les couleurs s’imbriquent et se côtoient formant un ensemble aux multiples facettes, complexe, d’où s’élance vers le haut un chemin qui va vers la lumière.

Regardons maintenant de plus près chaque vitrail qui porte un titre  et une phrase de l’Evangile et nous entraine ainsi dans l’histoire du salut.

LA CREATION

La Création

Le premier évoque les origines : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ».

Le bas du vitrail n’évoque-t-il pas le souffle de Dieu qui plane à la surface des eaux ?  Puis son oeuvre de séparation et d’organisation du chaos primordial avec la montée de la lumière ?

Je peux faire mémoire de l’exubérance, la diversité, l’ordonnancement de toute la création. Qu’est-ce qui me porte à l’admiration ?

Une invitation à  louer Celui qui est à l’origine de toutes choses.

L’Annonciation

Les tons bleus de ce vitrail évoquent Marie.  « Je suis la servante du Seigneur »

Quel est ce souffle qui vient la visiter au plus profond d’elle-même ? Qui la comble de grâces.  Irruption du messager du ciel qui l’enveloppe de sa lumière.

Je peux faire mémoire de ce ‘oui ‘ de Marie au projet de salut de Dieu pour l’humanité et de la naissance de son fils Jésus.

Une invitation à rendre grâces pour les moments où j’ai accueilli la Parole de Dieu et à voir comment cela a été source de vie, de recréation, de nouveau départ…

L’ANNONCIATION
LA PASSION

La Passion

C’est le rouge qui domine dans ce vitrail de la Passion. « Père entre tes mains, je remets mon esprit »

En  bas du vitrail, une masse brune évoque la terre, l’humanité que Jésus a partagée.  Avec ses moments de lumière, avec ses violences aussi. La croix surgit, rouge comme le sang répandu  mais aussi comme le feu de l’amour,  comme signe de vie. Au dessus de la croix, la lumière blanche inonde comme un tombeau vide de la clarté pascale.

Je peux faire mémoire de Jésus qui donne sa vie par amour et de sa résurrection. 

Et peut-être parler au Seigneur de moments où  sa présence m’a aidé à traverser des temps d’obscurités. Ou encore lui confier ce qui me fait mal.                                                         

L’envoi en mission

« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Ce dernier vitrail propose, en son centre, un chemin. Celui du disciple ? Chemin lumineux qui semble se frayer un passage à travers la diversité des formes et des couleurs que prend la vie. Chemin qui monte vers une sorte de calice, offrande totale à la présence divine.

Où en suis-je sur ce chemin du disciple, envoyé pour témoigner de l’amour de Dieu ?

Une invitation à porter dans la prière ceux qui me sont proches, ceux qui souffrent, ceux qui  désespèrent…

L’ENVOI EN MISSION

Textes de Madeleine Delbrêl

Textes de Madeleine Delbrêl mis en voix par « Les Poètes en Berry » et intermèdes musicaux, Tania Faur à la flûte.

Soirée du 21 octobre 2021 à la Maison de la Parole

Présentation 1

Présentation suite

Partez dans votre journée

Partez dans votre journée sans idées fabriquées d’avance
et sans lassitude prévue,
sans projets sur Dieu,
sans souvenir sur lui,
sans bibliothèque,
à sa rencontre.
Partez sans carte de route pour le découvrir, sachant qu’il est sur le chemin et non au terme.
N’essayez pas de le trouver par des recettes originales: mais, laissez-vous trouver par lui dans la pauvreté d’une vie banale.
La monotonie est une pauvreté : acceptez-la.
Ne cherchez pas les beaux voyages imaginaires.
Que les variétés du Royaume de Dieu vous suffisent et vous réjouissent.

Le Bal de l’obéissance

C’est le 14 juillet.
Tout le monde va danser.
Partout, depuis des mois, des années, le monde danse.
Plus on y meurt, plus on y danse.
Vagues de guerres, vagues de bal.

II y a vraiment beaucoup de bruit.
Les gens sérieux sont couchés.
Les religieux récitent les matines de saint Henri, roi.
Et moi je pense
A l’autre roi,
Au roi David qui dansait devant l’Arche.

Car s’il y a beaucoup de saintes gens qui n’aiment pas danser,
Il y a beaucoup de saints qui ont eu besoin de danser,
Tant ils étaient heureux de vivre :
Sainte Thérèse avec ses castagnettes,
Saint Jean de la Croix avec un Enfant Jésus dans les bras,
Et saint François, devant le pape.
Si nous étions contents de vous, Seigneur,
Nous ne pourrions pas résister
A ce besoin de danser qui déferle sur le monde,
Et nous arriverions à deviner
Quelle danse il vous plaît de nous faire danser
En épousant les pas de votre Providence.

Car je pense que vous en avez peut-être assez
Des gens qui, toujours, parlent de vous servir avec des airs de
Capitaines,
De vous connaître avec des airs de professeurs,
De vous atteindre avec des règles de sport.
De vous aimer comme on s’aime dans un vieux ménage.

Un jour où vous aviez un peu envie d’autre chose,
Vous avez inventé saint François,
Et vous en avez fait votre jongleur.

A nous de nous laisser inventer
Pour être des gens joyeux qui dansent leur vie avec vous. Pour être un bon danseur, avec vous comme ailleurs, il ne faut
Pas savoir où cela mène.
Il faut suivre,
Être allègre,
Être léger,
Et surtout ne pas être raide.
Il ne faut pas vous demander d’explications
Sur les pas qu’il vous plaît de faire.
Il faut être comme un prolongement,
Agile et vivant de vous,
Et recevoir par vous la transmission du rythme de l’orchestre.
Il ne faut pas vouloir à tout prix avancer,
Mais accepter de tourner, d’aller de côté.
Il faut savoir s’arrêter et glisser au lieu de marcher.
Et cela ne serait que des pas imbéciles
Si la musique n’en faisait une harmonie,
Mais nous oublions la musique de votre esprit,
Et nous faisons de notre vie un exercice de gymnastique; 

Nous oublions que, dans vos bras, elle se danse,
Que votre Sainte Volonté
Est d’une inconcevable fantaisie,
Et qu’il n’est de monotonie et d’ennui
Que pour les vieilles âmes
Qui font tapisserie
Dans le bal joyeux de votre amour.

Seigneur, venez nous inviter.
Nous sommes prêts à vous danser cette course à faire,
Ces comptes, le dîner à préparer, cette veillée où l’on aura
Sommeil.

Nous sommes prêts à vous danser la danse du travail,
Celle de la chaleur, plus tard celle du froid.
Si certains airs sont souvent en mineur, nous ne vous dirons pas
Qu’ils sont tristes ;
Si d’autres nous essoufflent un peu, nous ne vous dirons pas
Qu’ils sont époumonants.
Et si des gens nous bousculent, nous le prendrons en riant,
Sachant bien que cela arrive toujours en dansant.

Seigneur, enseignez-nous la place
Que, dans ce roman éternel
Amorcé entre vous et nous,
Tient le bal singulier de notre obéissance.

Révélez-nous le grand orchestre de vos desseins,
Où ce que vous permettez
Jette des notes étranges
Dans la sérénité de ce que vous voulez.
Apprenez-nous à revêtir chaque jour
Notre condition humaine
Comme une robe de bal, qui nous fera aimer de vous
Tous ses détails comme d’indispensables bijoux.

Faites-nous vivre notre vie,
Non comme un jeu d’échecs où tout est calculé,
Non comme un match où tout est difficile,
Non comme un théorème qui nous casse la tête,
Mais comme une fête sans fin où votre rencontre se renouvelle,
Comme un bal,
Comme une danse,
Entre les bras de votre grâce,
Dans la musique universelle de l’amour.

Seigneur, venez nous inviter.

Nous autres gens des rues

intermède à la flûte par Tania Faur

Puisque vos paroles

Puisque vos paroles, ô mon Dieu,
Ne sont pas faites pour rester inertes dans nos livres ;

Mais pour nous posséder et courir le monde en nous ;
Permettez que ce feu de joie, allumé par vous, jadis, sur une montagne,
Que de cette leçon de bonheur, des étincelles nous mordent, nous investissent, nous envahissent ;
Faites que, habités par elles, comme des « flammèches dans les chaumes »,
Nous courions les rues de la ville, nous longions les vagues des foules,

Contagieux de la béatitude, contagieux de la joie.
Car nous en avons vraiment assez de tous ces crieurs de mauvaises nouvelles,
De tristes nouvelles !
Ils font tellement de bruit que votre parole à vous ne retentit plus.
Faîtes dans leur tintamarre éclater le silence palpitant de votre message.
Dans les cohues sans visage, faîtes passer notre joie recueillie,
Plus retentissante que les cris des crieurs de journaux,
Plus envahissante que la tristesse étale de la masse.
AMEN

Nos déserts
Quand on s'aime, on aime être ensemble
et quand on est ensemble on aime à se parler.
Quand on s'aime, il est ennuyeux
d'avoir toujours autour de soi beaucoup de gens.
Quand on s'aime, on aime écouter l'autre, tout seul,
sans d'autres voix qui viennent nous gêner.

C'est pourquoi ceux qui aiment Dieu
ont toujours chéri le désert
et c'est pourquoi à ceux qui l'aiment
Dieu ne peut pas le refuser.

Et je suis sûr, mon Dieu, que tu m'aimes
et que dans cette vie si encombrée,
touchée de tous côtés par la famille,
les amis et tous les autres,
îl ne peut être absent ce désert où l'on te rencontre.

On ne va jamais au désert sans traverser beaucoup de choses,
sans être fatigué par une longue route,
sans arracher ses yeux à ce qui est leur horizon de tous les temps.

Les déserts se gagnent, ils ne se donnent pas.
Les déserts de notre vie, nous ne les arracherions
au secret de nos heures humaines
qu'en violentant nos habitudes, nos paresses. C'est difficile,
mais essentiel à notre amour.
L’extase de nos volontés
Quand ceux que nous aimons
nous demandent quelque chose,
nous les remercions de nous le demander.

S’il vous plaisait, Seigneur, de nous demander
une seule chose dans toute notre vie,
nous en resterions émerveillés,
et d’avoir fait cette seule fois votre volonté
serait l’événement de notre destinée.

Mais, parce que chaque jour,
chaque heure, chaque minute,
vous mettez dans nos mains un tel honneur,
nous trouvons cela si naturel
que nous en sommes blasés,
que nous en sommes lassés.

Et pourtant, si nous comprenions
à quel point est impensable votre mystère,
nous resterions stupéfaits
de pouvoir savoir ces étincelles de votre vouloir
que sont nos minuscules devoirs.
Nous serions éblouis de connaître,
dans cette immense ténèbre qui nous revêt,
les innombrables,
les précises,
les personnelles
lumières de vos volontés.
Le jour où nous comprendrions cela,
nous irions dans la vie
comme des sortes de prophètes,
comme des voyants de vos petites providences,
comme des agents de vos interventions.
Rien ne serait médiocre,
car tout serait voulu par vous.
Rien ne serait trop lourd,
car tout aurait racine en vous.
Rien ne serait triste,
car tout serait voulu de vous.
Rien ne serait ennuyeux,
car tout serait amour de vous.

Nous sommes tous des prédestinés à l’extase,
tous appelés à sortir de nos pauvres combinaisons,
pour surgir, heure après heure, dans votre plan.
Nous ne sommes jamais
de lamentables laissés pour compte,
mais de bienheureux appelés,
appelés à savoir ce qu’il vous plaît de faire,
appelés à savoir ce que vous attendez
à chaque instant de nous :
des gens qui vous sont un peu nécessaires,
des gens dont les gestes manqueraient
si nous refusions de les faire.
La pelote de coton à repriser, la lettre à écrire,
l’enfant à lever, le mari à dérider,
la porte à ouvrir, le récepteur à décrocher,
la migraine à supporter :
autant de tremplins pour l’extase,
autant de ponts pour passer de notre pauvre,
de notre mauvaise volonté,
au rivage serein de votre bon plaisir.

Madeleine Delbrêl (1904-1964)
extraits de Alcide, coll. Livre de vie, Le Seuil, pp.89-91.

Vous nous avez conduits cette nuit
Vous nous avez conduits cette nuit dans ce café qui s’appelle « Le Clair de Lune ».
Vous aviez envie d’y être vous, en nous,
pendant quelques heures, cette nuit.
Vous avez eu envie de rencontrer à travers nos misérables apparences,
à travers nos yeux mal voyants,
à travers nos cœurs mal aimants,
tous ces gens
qui sont venus tuer le temps.
Et parce que vos yeux s’éveillent dans les nôtres,
parce que votre cœur s’ouvre dans notre cœur,
nous sentons notre faible amour
S’épanouir en nous comme une large rose,
S’approfondir comme un refuge immense et doux
pour tous ces gens dont la vie bat autour de nous.
Le café n’est plus alors un lieu profane,
ce coin de terre qui semblait vous tourner le dos.
Nous savons que, par vous, nous sommes devenus
la charnière de chair
la charnière de grâce
qui le force à tourner sur lui,
à s’orienter malgré lui
en pleine nuit,
vers le Père de toute vie.
En nous, le sacrement de votre amour s’opère.

Madeleine Delbrêl, La liturgie des sans office, tome 3 des œuvres complètes, p 64
                                                                          
Donne, ô Beauté

Donne ô Beauté la charité à tout mon être, et sois au sommet de moi-même Que toutes les forces de ma vie, chaque soir, reviennent vers toi. Dans les jours où je vois le monde comme un hôpital sans soleil, où toutes les infirmités et toutes les maladies s’étalent sur tant de moribonds qu’on n’entend plus respirer, quand j’avancerai dans les salles cherchant en vain dans ces yeux pleins de sang, de vin et d’or, un seul reflet de ta lumière, ô Beauté. Donne-moi ta charité pour que je baise l’empreinte de tes doigts indélébiles sur les âmes, sur la mienne comme sur la leur».  

(la Sainte Face du monde, Acte de charité – poème inédit 1928

Humour dans l’amour

Quand on sait ce que nous sommes,
il serait ridicule, vraiment, de n’avoir pas dans notre amour,
un peu d’humour. 
Car nous sommes d’assez comiques personnages. 
Mais mal disposés à rire de notre propre bouffonnerie.

Seigneur, je vous aime plus que tout… en général…
mais tellement plus que vous, dans cette petite minute qui passe, 
une cigarette anglaise… ou même gauloise !

Seigneur, je vous donne ma vie, toute ma vie… mais pas ce tout petit morceau
de vie, ces trois minutes où je n’ai tellement pas envie d’aller travailler.

Seigneur, vous gagner la ville, et la France et l’univers,
me consumer pour votre règne…
mais…mais ne pas écouter cette insupportable créature qui me raconte pour la centième fois ses minuscules ennuis.

Oui, nous sommes des héros de comédie bouffe et de cette comédie, il serait normal
que le premier public soit nous.

Mais là n’est pas le bout de l’histoire.

Quand on a découvert cet impayable comique,
quand on est parti d’un grand éclat de rire
en récapitulant la farce de sa vie, on est tenté de s’abandonner,
sans plus, 
à une carrière de clown pour laquelle après tout on semble assez doué. 
On serait volontiers tenté de penser que cela n’a pas grande importance
et qu’à côté 
des sublimes, 
des forts, 
des saints,

il y a place
pour des pitres et des guignols et qu’ils ne gênent guère Dieu.

Ce n’est certes pas très exaltant, mais ce n’est pas non plus
très fatigant et c’est encore un avantage.

C’est alors qu’il faut nous souvenir
que Dieu ne nous a pas créés pour de l’humour
mais pour cet amour éternel et terrible
dont il aime tout ce qu’il crée depuis toujours.
C’est alors qu’il nous faut l’accepter, cet amour
non plus pour en être le partenaire splendide et magnanime
mais le bénéficiaire
imbécile
sans charme
sans fidélité fondamentale.
Et dans cette aventure de la miséricorde,
il nous est demandé
de donner jusqu’à la corde ce que nous pouvons, 
il nous est demandé de rire quand ce don est raté,
sordide, impur,
mais il nous est demandé aussi
de nous émerveiller avec des larmes de reconnaissance
et de joie,
devant cet inépuisable trésor
qui du cœur de Dieu coule en nous.
A ce carrefour du rire et de la joie s’installera 
notre paix inconfusible ! 

Alcide  Madeleine Delbrêl, Ed du Seuil Paris, 1968, p.73-75


Petites  sentences extraites d’ « Alcide »

La dormition de la Vierge

La fête de la dormition de la Vierge est instituée en Orient, dès le VIème siècle. Dans les écrits du Nouveau Testament, la vierge est mentionnée une dernière fois lors de la Pentecôte. (Actes, 1,14). Les écrits apocryphes ont rapidement évoqué la fin de la vie terrestre de Marie. On y trouve toujours les éléments suivants. Un ange annonce à Marie sa mort, paisible et sereine, tel un endormissement. De là vient le terme « Dormition ». Pour y assister, les apôtres, en mission d’évangélisation dans le monde, sont amenés miraculeusement par des anges.

Au moment de l’endormissement de Marie dans sa mort, son âme quitte son corps. À cet instant, le Christ apparaît. Il prend dans ses bras l’âme de Marie, représentée sur les images par un bébé en signe de sa pureté. Il amène l’âme dans le Royaume de Dieu. Les apôtres célèbrent les obsèques de Marie. À la fin, les anges emmènent le corps de Marie au Paradis où son corps retrouve son âme.

         L’Église catholique, se fondant sur cette tradition, va progressivement instituer le dogme de l’Assomption, solennellement proclamé par le Pape Pie XII en 1950.

Je prends un temps de contemplation de cette icône, dans le silence, et je demande la grâce de me tourner vers le Christ, dans l’attente du salut.

         J’observe la composition de la scène, les différents plans, les personnages, le jeu des couleurs.

La scène se passe en extérieur, dans la ville, Jérusalem, sans doute, suggérée par l’architecture. Il ne s’agit pas d’une scène intimiste, mais d’un signe donné pour le monde.

Le premier plan horizontal évoque le monde terrestre. La couleur ocre rouge suggère la terre dont l’humanité est tirée. Les mains de la vierge sont cachées par son manteau rouge, couleur du sang qui évoque notre finitude.

Le second plan vertical inscrit le Christ dans une mandorle bleue, symbolisant le monde céleste, divin. La stature du Christ domine, centre de l’icône. Le Christ porte sur son côté gauche – côté du cœur- l’âme de Marie, représentée par un bébé emmailloté de blanc, symbole de pureté. Au sommet de l’icône, dans un cercle parfait porté par deux anges, l’âme de Marie rejoint son corps. Assomption de Marie, vie tout entière assumée, dans la grâce de la résurrection.

Les divers personnages suggèrent l’humanité rassemblée autour de Marie, figure de l’Église : Pierre à sa tête, Paul à ses pieds, d’autres apôtres portant une auréole, mais aussi, des hommes et des femmes, à notre image. Je me rends attentif aux attitudes de ces divers personnages : leur recueillement, leur émotion, la tendresse de leurs regards

Je me tourne alors vers le Seigneur, guidé par Marie.

« Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon la parole. » (Luc, 1, 38)

« Sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur. » (Luc, 2, 51)

                   Et moi ? Quelle place à la Parole, dans ma vie ? Quelle est ma fidélité dans sa fréquentation, sa méditation ?

« Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jean, 1, 5)

Et moi ? Comment est-ce que je me tiens face à la volonté du Seigneur ?

Marie, désormais près de son fils, intercède pour nous.

Quels sont celles et ceux que je confie, aujourd’hui, à son intercession ?

Assomption chez les catholiques, dormition chez les orthodoxes…Marie est pour ces deux confessions chrétiennes, figure d’unité. Alors que l’Église orthodoxe connaît aujourd’hui bien des turbulences, je prie Marie pour la paix et l’unité.

Je peux terminer en disant cette prière du Père Léonce de Grandmaison, SJ (1868-1927)

Sainte Marie Mère de Dieu
gardez-moi un cœur d'enfant
pur et transparent
comme une source.
Obtenez-moi un cœur simple
qui ne savoure pas les tristesses.
Un cœur magnifique
à se donner,
tendre à la compassion.
Un cœur fidèle et généreux
qui n'oublie aucun bien
et ne tienne rancune
d'aucun mal.
Faites-moi un cœur doux
et humble
aimant sans demander
de retour,
joyeux de s'effacer
dans un autre cœur
devant votre divin Fils.