Le lavement des pieds

Regardons ce tableau pour découvrir les personnages, les couleurs, la lumière et les ombres.

Fixons notre attention sur les 2 personnages, essayons d’imaginer les pensées qui leur traversent le cœur et l’esprit.
Si on porte attention au personnage agenouillé, avec le dos courbé, la ligne de son épaule et sa main immobile posée à côté du bassin suggèrent qu’il s’est arrêté pour se reposer, comme s’il arrivait au terme d’une longue route ou d’une pénible épreuve. Son visage, qui se reflète dans l’eau, a l’air pensif, les yeux couverts et le regard fixe, presque dénué d’expression…
La courbe du corps et de la tête de l’homme qui est assis évoque l’étreinte protectrice, la présence réconfortante d’un ami compréhensif, attentif au besoin de celui qui est agenouillé. Il a posé la main sur l’épaule de son ami. L’autre main est-elle levée en signe de protestation ou de protection.

Sur sa toile, le visage de Jésus est complètement caché, il n’y a que son reflet dans l’eau du bassin.
Dans l’eau, nous voyons aussi les pieds de Pierre. Ce dernier a parcouru la ville toute la journée, il a les pieds sales, couverts de la poussière et de la saleté des rues. La couleur verdâtre de l’eau suggère qu’elle n’est pas fraîche.
L’artiste tente peut-être de nous dire que nous pouvons trouver Jésus au milieu du désordre, du fouillis, de la saleté de nos vies…

Ce sont des pieds forts. Ils témoignent d’une vie active, passée à voyager par de rudes chemins. Ils sont nus, calleux, sales et écorchés.
Ce sont les pieds d’un homme pauvre, qui n’a pas l’habitude de se chausser de cuir souple ou de voyager à cheval, à dos de chameau ou sur une charrette.
Ils nous démontrent que la tâche entreprise par Jésus en lavant les pieds des disciples n’est pas un rituel aseptisé, mais bien une vraie besogne.
Il aura fallu un bon moment pour soigner tous ces pieds sales et meurtris, ces pieds qui se sont souillés sur le chemin, à la suite de Jésus, en route vers la chambre haute.
Et ses pieds à lui ? Quelqu’un les a-t-ils lavés après qu’il eut rendu ce service à ses amis ? Ils ne semblent pas avoir été rafraîchis par les ablutions rituelles au début du repas juif. Ou alors, ces écorchures seraient-elles une façon pour l’artiste de laisser entrevoir la rigueur du chemin que Jésus devra encore parcourir ?

Sur la table, l’artiste a placé une coupe et une assiette couleur étain. Elles émergent de l’ombre à l’arrière-plan. Dans son récit de la Dernière Cène, Jean ne mentionne pas le pain et le vin. Est-ce que l’artiste veut corriger une omission?
Non.
Non. Le lavement des pieds correspond à la bénédiction et au partage du pain et du vin retenus par Matthieu, Marc et Luc.
Les paroles de Jésus; « car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que, comme moi je vous ai fait, vous fassiez vous aussi » répondent au « faites ceci en mémoire de moi ».
Ce ne sont pas deux événements, mais les deux aspects d’une vie unique, la vie de Jésus, que tous ceux et celles qui veulent le suivre sont appelés à assumer
Par le pain de Vie auquel je communie, chacune, chacun des membres d’une assemblée devient le « corps du ressuscité »…
Sainte Thérèse d’Avila disait :
« Le Christ n’a pas d’autre corps sur terre que le vôtre, ni d’autres mains que les vôtres, ni d’autres pieds que les vôtres. C’est par vos yeux que s’exprime la compassion du Christ pour le monde ; par vos pieds qu’il s’en va faire le bien ; par vos mains qu’il va bénir aujourd’hui l’humanité.»
(Merci au Secteur Pastoral de l’Yvette)
Sieger Köder est un artiste et prêtre catholique allemand. Il traduit la Parole de Dieu en images, images d’espérance, de foi pour la vie quotidienne.De 1954 à 1965 (29-40 ans), Sieger Köder a été professeur d’art au lycée Schubart d’Aalen. Au cours de cette période, il fut membre du conseil municipal de la ville de Wasseralfingen,De 1965 à 1970, Sieger Köder étudia la théologie catholique à l’université Eberhard Karl de Tübingen. En 1970, il est entré au séminaire de Rottenburg et a été ordonné prêtre en 1971 (46 ans).






































