Dans le bel espace du couvent des Cordeliers de Châteauroux, est proposée jusqu’à fin septembre une exposition d’artistes femmes céramistes, « Donner corps » …
Nous vous proposons d’en contempler quelques œuvres.
Me disposant à prier devant des œuvres de terre modelée, je peux faire mémoire du verset de la Genèse, décrivant la création d’Adam : « Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » (Gn, 2,7).
J’accueille mon souffle, don de vie, don du Créateur. Je prends le temps de percevoir ma respiration.
Et je demande la grâce de l’écoute de la Parole, qui entretient mon souffle vital, qui fait de moi un être vivant.
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Nous nous arrêtons devant cette œuvre de Jacqueline et Jean Lerat, deux potiers de La Borne, dans le Cher. J’observe cette terre modelée, j’en parcours les aspérités, les irrégularités. Il y a à la fois, de la rugosité et de la douceur…J’observe aussi les rendus divers des teintes prises par la terre lors de la cuisson. La terre, le feu, et le travail de l’homme…
Puis j’aperçois, sur le haut de cette forme, une sorte d’entaille qui suggère l’intérieur, un intérieur peu visible, difficilement accessible…Je considère, chez moi-même, chez les personnes que je côtoie, ce qui est donné à voir, ce qui peut rester cacher…Derrière l’apparence peuvent se cacher bien des richesses.
Dieu, guidant Samuel dans sa quête d’un successeur à David, dit : « les vues de Dieu ne sont pas comme les vues de l’homme, car l’homme regarde à l’apparence, mais Yahvé regarde au cœur. » (1S, 16, 7). J’examine cette invitation du Seigneur à dépasser les apparences.

Voici maintenant une œuvre d’Anne-France Baderos. Trois personnages dos à dos, qui semblent incapables de communiquer. Des personnages en voie de création : si leur torse et leurs jambes donnent lieu à un fini bien lisse, les dos semblent encore à peine émargés du matériau brut…Les trois personnages enserrent un objet invisible, comme une charge qu’ils ne peuvent pas encore appréhender, ou comme une attente qui ne se réalise pas encore.
Ces trois figures expriment une forme de vulnérabilité, isolés dans une absence de communication et dans des désirs non réalisés, peut-être inaccessibles. La Bible donne écho à des quêtes inabouties, parfois vaines. « Vanité des vanités, dit Qohélet, vanité des vanités, tout est vanité. » (Qo, 1,1).
Je considère ce qui, dans ma vie, peut-être quête vaine, recherche de biens trompeurs et j’entends l’appel du Seigneur : « amassez-vous des trésors dans le ciel : là point de mite, ni de ver qui consument (…) Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur. » (Mt, 6,20).

Observons maintenant ce personnage marchant sur des cartes jaunes de Zuzana Jaczova, artiste slovaque. La vie humaine est à la recherche d’équilibre.
L’iconographie médiévale a ainsi donné une large place à la représentation d’acrobates. Pour avancer, tenir dans la vie, chacun a « des cartes en main » …
Je peux prendre du temps pour m’interroger : quelles cartes ai-je en main pour construire ma vie, comment puis-je trouver mon équilibre vital ? Sur ce chemin, le Seigneur me guide, tout en faisant appel à ma liberté : « je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie pour que toi et ta postérité vous. Viviez. (Dt, 30,19). Et moi, qu’est-ce que je décide de choisir ?

Terminons par cette œuvre de Yoon-Yoon, cocons. Un biscuit de porcelaine très lisse, très pur. Des formes parfaites et immaculées. Une rotondité apaisante.
Des cocons qui offrent la sécurité, qui protègent la vie. Des cocons, lieu de fécondité comme l’évoque les extrémités des céramiques, suggérant un sein nourricier. Je me confie au Seigneur, au Créateur, maître de la vie. « Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en abondance. » (Jn, 10,10)
Je me tourne maintenant vers le Seigneur, comme vers un ami. Je rends grâce pour Son souffle qui continue de me modeler. Je peux aussi lui confier mes propres vulnérabilités, prier pour tous ceux qui connaissent aussi des fragilités.
Jésus nous a révélé que le Dieu qui nous a créé est Père, à qui nous disons « Notre Père… »
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit…