En ce début d’année, en cette rentrée, nous sommes peut-être sollicités par des appels à nous engager dans telle ou telle mission, nous pouvons, dans les associations dont nous faisons partie, composer nos programmes d’activités.
Appelés, peut-être, à faire du neuf, nous contemplons la vocation de Matthieu, à partir du texte de l’évangile (Mt, 9, 9-13) et du tableau du Caravage à St Louis des Français, une œuvre de 1599.
Je prends un temps de prière, je me rends disponible pour méditer sur cette année qui s’ouvre, et y repérer les appels. Je demande la grâce de m’ouvrir à la nouveauté.
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.
Je lis calmement le texte de Matthieu, ce récit très ramassé, le plus court, le plus rapide des textes de vocation des évangiles.
« En ce temps-là,Jésus sortit de Capharnaüm et vit, en passant, un homme, du nom de Matthieu,assis à son bureau de collecteur d’impôts.Il lui dit : « Suis-moi. »L’homme se leva et le suivit. »
Je contemple Jésus qui sort pour venir vers nous, Jésus qui passe au milieu de nous, qui porte son regard sur un homme particulier, Matthieu, et l’invite à le suivre. Et je regarde la rapidité de la réponse de Matthieu. « Suis-moi. » / « Il le suivit ». Le collecteur d’impôts, assis, se lève pour se faire disciple.
Je regarde maintenant le tableau du Caravage.

J’observe la composition. Un rayon lumineux dont la source est invisible éclaire l’espace sombre. La fenêtre et son volet suggère que la table du collecteur d’impôts se trouve à l’extérieur.
Sur la droite, deux personnages, debout, Jésus et Pierre (qui n’est pas mentionné dans l’évangile) ; sur la gauche, autour d’une table, quatre personnages assis, et un cinquième debout.
Entre les deux groupes, un espace sombre, qui semble une frontière. Le Christ et St Pierre sont vêtus à l’antique, tandis que les personnages réunis autour de la table portent des habits de la Renaissance. Ainsi, Jésus, vêtu comme lorsqu’il partageait la vie des premiers disciples, vient-il visiter l’époque de la Renaissance, et, par là tous les temps, notre temps.
Je peux faire mémoire de moments, d’événements, où j’ai pu percevoir que Jésus venait jusqu’à moi…

Je considère maintenant la main du Christ qui se tourne vers Matthieu. Cette main est quasiment « une citation » de la main de Dieu créant Adam, sur la voûte de la Chapelle Sixtine peinte par Michel Ange au début du XVIème siècle.

Par cette référence à la Création, Le Caravage suggère qu’une vocation peut ouvrir, pour la personne appelée, une nouvelle création, un nouveau départ, une nouvelle fécondité…Mais, chez Le Caravage, la main n’est plus celle du Père, mais celle du Fils, qui nous invite à le suivre jusqu’à la croix, suggérée par les montants de la fenêtre au-dessus de la main du Christ.
Je fais mémoire d’appels reçus, d’engagements pris qui ont pu donner à ma vie un cours renouvelé, un surcroit de vie, sans occulter que ces chemins ouverts ont pu être traversés d’épreuve, de souffrance.

Je m’arrête maintenant sur les personnages réunis autour de la table. Les spécialistes discutent beaucoup pour savoir qui, parmi eux, est Matthieu. On peut aussi suggérer que quatre d’entre eux peuvent représenter Matthieu, à plusieurs moments de son cheminement face à l’appel. Le personnage, en bas à gauche, est peut-être Matthieu, dans ses œuvres de publicain : courbé sur la table, les mains presque difformes enserrant les pièces d’or de la collecte. Un personnage fermé sur lui-même attentif aux seuls bien matériels, produit, de surcroît, de l’exploitation du peuple, de collaboration avec l’occupant, non exempt de corruption.
Le personnage assis, barbu, face à nous, représente Matthieu qui prend conscience de l’appel, se demandant si c’est bien lui qui est concerné…Il est pris dans la lumière et tourne son regard vers Celui qui appelle. L’appel, déjà, redresse et fait entrer en relation. Le jeune homme, à ses côtés, à gauche peut être une vision idéalisée du jeune Matthieu, non encore corrompu par l’appât du gain. L’appel, comme une opportunité pour redonner à son existence une forme de pureté, une nouvelle jeunesse. Enfin, le personnage de dos représente Matthieu qui commence à se lever, selon le terme de l’évangile (se lever, le même verbe utilisé dans les évangiles pour dire ressusciter). Au Matthieu publicain, sur la droite, assis, immobile, retenu près des pièces d’or, succède ici Matthieu qui se met en mouvement, qui s’apprête à se lever pour suivre le Christ.
Je peux relire, dans mon propre cheminement, ces divers moments de ma réponse à un appel : à quoi est-ce que je dois m’arracher, qu’est-ce qui me retient ; mes doutes quant à la réalité de l’appel : est-ce bien moi qu’on appelle, suis-je concerné ; comment cet appel peut-il rejoindre le sens que je veux donner à ma vie, est-ce cohérent avec ce que je cherche depuis ma jeunesse ; à quel moment, et pourquoi, ai-je décidé de répondre favorablement à l’appel ?
Reste un personnage…Celui qui se tient debout, à droite de l’homme barbu, qui semble murmurer à l’oreille du Matthieu publicain assis à gauche, devant. Les spécialistes comparent cette figure à des tableaux décrivant la façon dont le diable peut murmurer à nos oreilles, comme par exemple la peinture de Lucas Signorelli dans la cathédrale d’Orvietto, dans l’Ombrie.

Ils voient donc, dans la toile du Caravage, une suggestion du diable, du « mauvais conseiller » qui tente d’éloigner de la vocation.
Et moi, puis-je relire, ce qui, dans une décision, un discernement, a pu me détourner de la juste réponse à donner à un appel.
Nous pouvons aussi méditer sur la présence de Pierre, que Le Caravage représente, sans qu’il ne soit mentionné dans l’évangile. Pierre qui a suivi le Christ, non sans difficultés, qui a même trahi. Pour Matthieu qui est appelé, voir Pierre présent rappelle que le Christ ne fait pas appel à des hommes parfaits.
Je relis l’évangile, avant d’entrer en conversation avec le Seigneur. Je peux rendre grâce pour les appels entendus qui m’ont donné vie. Je peux demander pardon des appels refusés. Je peux présenter, aussi, un appel qui m’est fait, aujourd’hui, pour demander à l’Esprit le discernement.
Je termine en disant cette prière de Saint Ignace.
« Prends Seigneur, et reçois
toute ma liberté,
ma mémoire, mon intelligence
et toute ma volonté.
Tout ce que j’ai et tout ce que je possède.
C’est toi qui m’as tout donné, à toi, Seigneur, je le rends.
Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté.
Donne-moi seulement de t’aimer
et donne-moi ta grâce, elle seule me suffit. »
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.