Je me dispose à cette rencontre, aujourd’hui, avec le Seigneur. Je m’installe, à l’écart, je fais le calme en moi en respirant profondément et lentement. Je dépose dans les mains du Seigneur ce qui m’occupe l’esprit ou m’agite intérieurement.
Et je lui demande la grâce d’augmenter mon désir de l’écouter, de l’aimer et avec lui de bâtir le Royaume.
Au début de ce temps, j’entre en prière en écoutant les Béatitudes chantées par un choeur orthodoxe.
Nous avons entendu ce texte de Matthieu 5, 1-12a hier et nous allons laisser deux grands témoins enrichir et ouvrir notre méditation de ce texte que nous connaissons bien.

« En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Avec Dietrich Bonhoeffer contemplons la scène avec trois regards différents:
Ce que voit la foule: Jésus et ses disciples qui se sont approchés de lui.
Avec tous ces hommes et ces femmes , je me remémore ce que je sais des disciples. »Il y a peu de temps, ils étaient des personnes comme tout le monde, ils appartenaient à la même foule.Mais un appel est survenu et ils ont tout abandonné pour suivre Jésus. Ils marchent avec lui, vivent avec lui, le suivent où qu’il les conduise. Il leur est arrivé quelque chose qui n’est pas arrivé aux autres »
Je fais, moi-aussi partie de cette foule, et je contemple cette scène, je médite en regardant les disciples, l’appel qu’ils ont reçu et comment ils l’ont entendu.

Ce que voient les disciples: la foule dont ils sortent, les brebis perdues de la maison d’Israël.
C’est la communauté que Dieu appelle… Lorsque l’appel de Jésus les a choisis pour sortir de cette foule, ils firent ce qui, pour les brebis perdues de la maison d’Israël, était tout ce qu’il y avait de naturel et de nécessaire: ils obéirent à la voix du bon berger car ils connaissaient sa voix… Mais dans ce chemin qu’ils suivent, il font partie de cette foule… et lui prêcheront la gloire de la marche à la suite de Jésus
Je porte mon regard sur les disciples et la foule. Je laisse résonner en moi cette réflexion; en quoi elle me rejoint? me questionne? me bouscule ?
Ce que voit Jésus:
voici ses disciples.. Il a appelé chacun d’eux individuellement. A son appel ils ont renoncé à tout… ils sont les plus pauvres des plus pauvres, les plus combattus de ceux que l’on combat, les plus affamés des affamés… mais ils ont tout auprès de Dieu. C’est une petite communauté…, c’en est une grande qu’il cherche en regardant la foule. Les disciples et la foule vont de pair; les disciples seront ses envoyés. C’est pourquoi: heureux! Jésus d’adresse aux disciples.
J’ai été appelé.e, moi aussi par mon nom; j’appartiens à cette communauté de disciples. Je médite ce que représente cet appel, quelle radicalité ? Et j’entends pour moi : « heureux! »

Et puis André Chouraqui nous livre un éclairage sur ce mot: « heureux » , en revenant à l’origine du texte hébreu et grec.
Et, voyant les foules, il monte sur la montagne et s’assoit là. Ses adeptes s’approchent de lui. Il ouvre la bouche, les enseigne et dit : « En marche, les humiliés du souffle ! Oui, le royaume des ciels est à eux ! En marche, les endeuillés ! Oui, ils seront réconfortés ! En marche, les humbles ! Oui, ils hériteront la terre ! En marche, les affamés et les assoiffés de justice ! Oui, ils seront rassasiés ! En marche, les matriciels* ! Oui, ils seront matriciés* ! En marche, les coeurs purs ! Oui, ils verront Elohîms* ! En marche, les faiseurs de paix ! Oui, ils seront criés fils d’Elohîms. En marche, les persécutés à cause de la justice ! Oui, le royaume des ciels est à eux ! En marche, quand ils vous outragent et vous persécutent, en mentant vous accusent de tout crime, à cause de moi. Jubilez, exultez ! Votre salaire est grand aux ciels ! Oui, ainsi ont-ils persécuté les inspirés, ceux d’avant vous.
*matriciels : de matrice = qui dispense la vie. Amour du Père autant masculin que féminin « avoir des entrailles de mère, un amour qui prend aux tripes… »
*Elohîms : Dieu Père
Andra Chouraqui précise: en hébreu, le mot (qu’on traduit habituellement par «Bienheureux» en français) évoque la rectitude de l’homme en marche sur une route qui va droit vers l’Eternel... c’est chaque jour que nous devons apprendre à lire et à vivre l’Evangile dans l’Esprit de Celui qui l’a vécu devant les hommes.
« En marche ! »; « Vous êtes sur la bonne route », « Vous vous réalisez ». « Un bel avenir s’offre à vous ». « Vous êtes un grand vivant ». « Vous avez trouvé la clef de l’amour »… Il s’agit de rien moins que du sens même de notre vie, de notre vocation. À quoi sommes-nous appelés ?
À vivre les béatitudes. À jouer la symphonie des notes de cette gamme. Notre vocation, c’est l’amour. Pas un seul verset de ce poème biblique des Béatitudes qui n’ait été dévié de sa signification ! Pas une seule note qui ne soit une fausse note, ajoute Stan Rougier.
Les Béatitudes sont l’autoportrait de Jésus dit le Pape François: Les Béatitudes de Jésus ne sont pas seulement des mots qu’il a proclamés. «Elles représentent la clé pour lire toute sa vie.» Nous trouvons donc en Jésus un modèle pour vivre chacune des Béatitudes. Surtout, pour nous, chrétiens, elles sont l’«autoportrait de celui qui les a prononcés». «C’est le modèle que nous devrions utiliser pour » transformer notre propre image « »,
Pendant toute sa vie, de sa naissance dans la grotte de Bethléem jusqu’à sa mort sur la croix et sa résurrection, Jésus a incarné les Béatitudes. Toutes les promesses du Royaume de Dieu se sont accomplies en lui.
En proclamant les Béatitudes Jésus nous invite à le suivre, à parcourir avec lui la voie de l’amour, la seule qui conduise à la vie éternelle. Ce n’est pas une route facile, mais le Seigneur nous assure de sa grâce et il ne nous laisse jamais seuls.

Je respire maintenant, je prends un peu de recul et me laisse questionner, éclairer. Quels pas puis-je faire pour vivre davantage les Béatitudes dans ma vie à l’image du Christ ?
J’en parle au Seigneur, lui demande de m’éclairer, de m’aider à discerner ce que je dois faire bouger dans ma vie, mettre en mouvement? Et je rends grâce de ce rendez-vous avec lui. Et termine ce temps en disant la prière que Jésus nous a apprise: Notre Père…