Prier avec une oeuvre d’art

Je commence par me disposer  à ce temps de prière. Je prends une ou deux grandes respirations . Je fais silence en moi et me prépare à rencontrer le Seigneur. J’accueille en moi ce temps ralenti . Et je demande au Seigneur d’ouvrir mon cœur devant cette œuvre d’art.

Je prends le temps de contempler cette œuvre, de me laisser apprivoiser par elle.

Alexej von Jawlensky (1864-1941)

Et j’accueille maintenant ce visage, je me laisse toucher et rejoindre par lui.

Quels sentiments est-ce qu’il provoque, il éveille en moi ? Je prends le temps de les repérer.

Je me laisse maintenant guider.

La ligne horizontale, d’une couleur  foncée (noir , vert et bordeaux foncés), qui trace la bouche et les yeux fermés me fait entrer dans le silence intérieur, la paix, la distance prise avec le monde environnant. Cela me renvoie au mystère de la personne, à son intériorité qui  sont une porte ouverte à l’accueil de l’Esprit.

Je peux, moi aussi, entrer dans ce silence intérieur en accueillant pour moi  ce que le Seigneur dit à Job :

« Sois attentif, Job, écoute-moi, tais-toi, c’est moi qui parlerai.[…] « toi, écoute-moi ; fais silence, que je t’enseigne la sagesse ! » Job 33,31.33

Dans mes temps de prière personnelle, comment est-ce que je soigne ce moment où je me dispose à entendre le Seigneur parler à mon cœur ?

La seule ligne verticale, qui tranche et coupe le visage en deux, à angle droit sur sa base, la base du nez, exprime l’équilibre, la stabilité. C’est une personne qui se tient droite devant le Seigneur, dans un face à face intérieur.

J’entends:

« Le Seigneur est bon pour qui se tourne vers lui, pour celui qui le cherche. Il est bon d’espérer en silence le salut du Seigneur ; » Lm 3, 25-26

Les lignes arrondies du visage et du cou, les boucles des cheveux, les couleurs claires, douces  et plutôt chaudes laissent témoigner de la paix et de la joie intérieures  reçues dans cette rencontre .

Je me sens créé, en confiance, regardé avec tendresse par le Seigneur, par le Père et je peux faire mien le psaume 130 :

« Seigneur, je n'ai pas le coeur fier
ni le regard ambitieux ; *
je ne poursuis ni grands desseins,
ni merveilles qui me dépassent.

Non, mais je tiens mon âme
égale et silencieuse ; *
mon âme est en moi comme un enfant,
comme un petit enfant contre sa mère.

Attends le Seigneur, Israël, *
maintenant et à jamais. »

La verticalité ferme du nez, sa couleur ocre foncée (celle du bois) et la ligne horizontale, avec une légère courbe, une certaine douceur  des yeux fermés, soulignée par la couleur noire, peuvent m’évoquer les bras du Christ en croix, ouverts sur le monde, pour le monde, pour nous offrir l’amour du Père.

Je me laisse rejoindre par cette image du Christ. Je le laisse pénétrer mon cœur, mon esprit. Je le contemple.

Je repère, dans ces dernières semaines, comment l’amour du Père et du Fils m’a été témoigné, donné. Et je peux exprimer  une prière de louange et d’action de grâce.

Ce visage abstrait , avec sa bouche et ses yeux fermés, traduisent aussi le mystère, l’énigme qu’est chaque personne (« la trace de l’Infini ou la Parole de Dieu » Lévinas)

C’est LE visage de  L’AUTRE, différent, inconnu de moi, le visage du monde . Et c’est par le visage que nous entrons en contact avec les autres.

Cette différence, ce mystère,  peuvent me bousculer, me déranger et provoquer une fermeture en moi.

Dans les jours qui viennent, comment est-ce que je vais m’ouvrir à l’accueil, sortir du souci de « mon moi », pour m’intéresser à l’autre ?

« Toute rencontre commence par une bénédiction contenue dans le mot « bonjour » (Lévinas)

Je termine ce temps avec la prière du Pape François pour le jubilé de la Miséricorde :

Toi qui nous as appris à être miséricordieux comme le Père céleste, et nous as dit que Te voir,c’est Le voir, montre-nous Ton visage, et nous serons sauvés.
Ton regard rempli d’amour a libéré Zachée et Matthieu de l’esclavage de l’argent, la femme adultère et Madeleine de la quête du bonheur à travers les seules créatures ; tu as fait pleurer Pierre après son reniement, et promis le paradis au larron repenti.
Fais que chacun de nous écoute cette parole dite à la Samaritaine comme s’adressant à nous : Si tu savais le don de Dieu !
Tu es le visage visible du Père invisible, du Dieu qui manifesta sa toute puissance par le pardon et la miséricorde : fais que l’Eglise soit, dans le monde, ton visage visible, toi son Seigneur ressuscité dans la gloire.

L’œuvre proposée ici s’intitule : « Heilandsgesicht-Licht-Ruhe » (Visage du Sauveur-Lumière-Paix)

Quelques mots sur Alexej von Jawlensky

Peintre russe ,compagnon de route de Kandinsky durant la première décennie du XXe siècle à Munich, Alexej von Jawlensky offre l’exemple d’un artiste qui participe à la modernité en faisant l’expérience des frontières entre expressionisme et fauvisme, entre figuration et abstraction.

À partir de 1917, pendant vingt ans, Jawlensky traitera presque exclusivement le visage. Le visage ou plutôt la Face, car avec les Têtes mystiques et Faces du Sauveur 1917/1923, Têtes géométriques 1924/1933 et les Méditations, 1933/1937, la figure s’éloigne progressivement de toute ressemblance “naturelle” pour aboutir à une forme stylisée, proche de l’icône.

En 1938, Jawlensky écrit : « J’éprouvais le besoin de trouver une forme pour le visage, car j’avais compris que la grande peinture n’était possible qu’en ayant un sentiment religieux. Et ceci je ne pouvais le rendre que par le visage humain. J’avais compris que le peintre devait restituer par la forme et la couleur ce qu’il y avait de sacré en lui« .

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