
Foujita (1886-1868) Mon intérieur, Paris 1922

Foujita est né au Japon, et s’installe à Paris à deux reprises, de 1913 à 1928, puis, après un séjour au Japon et de nombreux voyages, de 1950 à sa mort.
Je me mets à l’écart, pour prendre le temps de la contemplation. Je m’installe confortablement, attentif à ma respiration.
Je m’efforce de me détacher de mes préoccupations du moment et, tout en faisant le signe de croix, je demande la grâce d’habiter mon intériorité.
J’observe longuement ce tableau. Je m’arrête à sa composition, au jeu des couleurs, et je nomme chacun des objets de cette nature morte. Me laissant guider par le nom donné par le peintre à ce tableau, « mon intérieur », je m’interroge sur le choix des objets représentés, et sur leur symbolisme. Le peintre se rend présent par ses lunettes bien reconnaissables.
La maie sombre, massive, se détachant sur le fond blanc, à l’image d’une vie intérieure où le sombre peut le disputer au lumineux.
Différents objets qui suggèrent les quatre éléments. Les sabots, pour arpenter la terre. Le parapluie et le verre qui évoquent l’eau. La lampe à pétrole, image du feu quand la pipe est signe d’air. La vie intérieure m’ouvre à Dieu, en me reliant à la totalité de la création.





La figurine féminine, sur la droite, évoque-t-elle une présence, l’aspiration à une rencontre, une relation… ?
Au centre du tableau, le réveil, disant l’écoulement du temps…dans l’ambiguïté d’un cadran deux fois parcouru en une journée. Approchons-nous de quatre heures du matin, vers une journée encore à venir, ou sommes-nous proches de quatre heures de l’après-midi, où la journée est déjà bien entamée ? Le temps qui se déroule est aussi évoqué par la corbeille de pelotes de fils de diverses couleurs. Le domino figuré sur le pot contenant la pipe évoque aussi le jeu, le hasard…La vie intérieure se situe dans une histoire, connaît des « moments » différents, et cherche à les relier dans une relecture.



Une « nature morte » et pourtant la suggestion d’un délicat mouvement. Les sabots, comme abandonnés précipitamment et prêts à reprendre la marche, le pétrole à moitié consumé, le torchon, comme animé par un souffle léger. La vie intérieure, en retrait, sans être indifférente au mouvement du monde.
Et moi, que puis-je dire de ma vie intérieure, aujourd’hui ? :
Quelle est sa couleur ? Est-elle marquée d’obscurité ou de lumière ? Je remets cette journée au Seigneur. « Dieu dit : que la lumière soit et la lumière fut. » (Gn, 1,3)
Comment ma vie intérieure me permet-elle d’être au monde, d’habiter dans la paix ici et maintenant, au sein de la culture et du temps qui me sont donnés. Je confie au Seigneur le monde qui m’entoure. « Ils bâtiront des maisons et les habiteront ; ils planteront des vignes et en mangeront le fruit. » (Is, 65,21)
Comment est-ce que je perçois, habitant mon intériorité, la présence du Seigneur ? « Et après ce feu, le murmure d’une brise légère.
Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne. » (1R, 19, 12-13)
Je peux maintenant tenter de réaliser le « tableau mental », la nature morte de ma vie intérieure. Quel cadre est-ce que je choisis ? Quels sont les objets que je convoque ?
Je m’adresse maintenant au Seigneur, lui ouvrant mon intériorité pour qu’il en fasse sa demeure.
Je termine en disant cette prière du Cardinal Newman
« Seigneur Jésus, inonde-moi de ton Esprit et de ta Vie. Prends possession de tout mon être pour que ma vie ne soit qu’un reflet de la tienne. Rayonne à travers moi, habite en moi, et tous ceux que je rencontrerai pourront sentir ta Présence auprès de moi. En me regardant, ils ne verront plus que toi seul, Seigneur ! Demeure en moi et alors je pourrai, comme toi, rayonner, au point d’être à mon tour une lumière pour les autres, lumière, Seigneur, qui émanera complètement de toi. C’est toi qui, à travers moi, illumineras les autres. Ainsi ma vie deviendra une louange à ta gloire, la louange que tu préfères, en te faisant rayonner sur ceux qui nous entourent. Par la plénitude éclatante de l’amour que te porte mon cœur. Amen. »
Je conclus, en traçant sur moi le signe de la croix.
















