Je me mets à l’écart, pour prendre un temps qui « rompe » avec mon activité quotidienne. Pourtant, tout en prenant cet utile recul, je porte aussi mon quotidien dans la prière, demandant au Seigneur la grâce d’unifier ma vie, et, selon l’expression de Saint Ignace, de trouver Dieu en toutes choses.
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.
Méditons à partir d’une page des Très Riches Heures du Duc de Berry, qui, avant les textes bibliques, évoquent, la vie de tous les jours, au fil de l’année, dans une société essentiellement rurale.
Les Très riches Heures du Duc de Berry sont l’un des plus prestigieux exemples des livres d’heures enluminé. Commandé par le Duc de Berry en 1410, cet ouvrage fut exécuté à Bourges dans l’atelier des Frères Limbourg.
Le Livre d’Heures s’ouvre sur un calendrier. Chaque mois est illustré par une scène de la vie quotidienne en rapport avec la saison. En vis-à-vis sur la page de droite, le calendrier des saints et des fêtes chrétiennes.
Je peux, dans un premier temps, m’arrêter sur cette question : comment Dieu habite-t-il ma vie ordinaire ? Quelle cohérence entre ce que je vis chaque jour et ce que je célèbre en Église ?

En ce temps de rentrée, nous contemplons l’enluminure illustrant le mois de Septembre.

Je prends le temps d’observer cette miniature. Son organisation, sa composition. Les couleurs. Le paysage. Les activités, mettant en scène personnages et animaux.
En haut de la miniature, comme pour chaque mois, une évocation du zodiaque, sur la voute céleste parsemée d’étoiles, et une représentation de l’écoulement du temps, en recourant à la mythologie :
Appolon – dieu du soleil chez les Grecs- conduit le char du temps…On repère aussi les deux signes du zodiaque de septembre, la vierge (sur la gauche) et la balance sur la droite.
Créé par Dieu, l’être humain est engagé dans le temps.
La scène rurale se situe sur un coteau planté de vignes, devant le château de Saumur, terre viticole…Une palissade sépare le château des vignes.

Un château fortifié, juché sur un piton, protégé par des douves, aux fenêtres protégées par des barreaux.
Et le travail des vendanges…La peine du vendangeur, penché sur le cep, l’effort de la femme qui entraine les bœufs tirant les barriques chargées des raisins, l’attention du vendangeur coupant une grappe, la relâche d’une femme réajustant sa coiffe, puis cet autre vendangeur qui goûte quelques grains…



A mon tour, je contemple le quotidien que j’ai vécu ces dernières semaines. Ai-je ressenti un besoin de protection, de retrait ou, au contraire, le désir de sortir, de rencontrer ? A quoi me suis-je occupé ? Ai-je participé à une activité collective ? Quelle a été la part de l’effort, la part du loisir ? Qu’ai-je pu goûter des dons de la nature ? …
Le raisin récolté pour fabriquer le vin qui sera conservé au fil des mois…
En ce temps de rentrée, qu’est-ce que je garde du temps estival ? Quelle a été ma récolte ? Comment puis-je la transformer pour qu’elle continue de me nourrir, d’apaiser mes soifs ?
Je prends maintenant un temps de conversation personnelle avec le Seigneur. Je lui rends grâce pour les dons reçus, pour les initiatives que j’ai pu prendre. Je demande pardon, peut-être, pour des occasions manquées de rencontre, de créativité. Et je prie pour qu’à cette rentrée, je tire parti des fruits récoltés cet été.
Je me mets à l’écoute des paroles du Pape François, lors de l’audience du 10 février 2021.
« Nous avons vu que la prière chrétienne est “ancrée” dans la liturgie. Aujourd’hui, nous mettrons en lumière comment de la liturgie, celle-ci revient toujours à la vie quotidienne : dans les rues, dans les bureaux, dans les moyens de transport… Et là, elle continue le dialogue avec Dieu : celui qui prie est comme un amoureux, qui porte toujours dans son cœur la personne aimée, où qu’il se trouve. En effet, tout est assumé dans ce dialogue avec Dieu : chaque joie devient un motif de louange, chaque épreuve est l’occasion d’une demande d’aide. La prière est toujours vivante dans la vie, comme un feu de braises, même quand la bouche ne
parle pas, mais le cœur parle. (…) A ce propos, le Catéchisme dit : « Nous apprenons à prier à certains moments en écoutant la Parole du Seigneur et en participant à son Mystère pascal, mais c’est en tout temps, dans les événements de chaque jour, que son Esprit nous est offert pour faire jaillir la prière. […] Le temps est entre les mains du Père ; c’est dans le présent que nous le rencontrons, ni hier ni demain, mais aujourd’hui. » (n° 2659). Aujourd’hui, je rencontre Dieu, il y a toujours l’aujourd’hui de la rencontre. »
Je termine en disant le « Notre Père… », m’arrêtant tout particulièrement sur la demande : « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour… »
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.