Prier avec un cœur d’enfant

Je me dispose à un temps de prière. Après avoir choisi un lieu calme et propice, je cherche à m’abstraire de mon environnement, pour me faire tout disponible au Seigneur. Je prends le temps d’être attentif à ma respiration. Sans la forcer, j’inspire et j’expire lentement, attentif à la vie qui m’est donnée. Je demande au Seigneur la grâce de retrouver un cœur d’enfant.

Je prends d’abord le temps d’observer trois clichés de Robert Doisneau (qui fait actuellement l’objet d’une exposition au musée Maillol, à Paris). Les deux premiers clichés sont datés de 1956, le troisième de 1960.

Je suis d’abord sensible au cadre : la rue banale d’un quartier ordinaire, la façade grisâtre d’une façade percée d’une fenêtre mal entretenue…Et dans cet environnement peu séduisant, je m’arrête sur les deux enfants du premier plan. Je considère leur capacité à faire vivre un moment de fantaisie, de poésie, peut-être, le temps d’un équilibre précaire. Inversant l’habituelle façon de se tenir en marchant sur les mains,

ils donnent à cette scène quotidienne une grâce particulière. Avec les trois enfants qui s’arrêtent pour regarder les deux « acrobates », je prends le temps de contempler…Je peux aussi faire mémoire de souvenirs d’enfance : mon goût du jeu, la recherche de la limite, la découverte des possibilités de mon corps…Et je retiens : l’enfance qui cherche un équilibre, sans cesse remis en question, qui marche de façon incertaine mais résolue entre terre et ciel…
 

Devant cette autre photo (Calcul mental, 1956), je reconnais le cadre de l’école ancienne. Le pupitre de bois, percé de son encrier, dont le bord est maculé de tant d’encre renversée. Aujourd’hui, les classes ont bien entendu évolué, mais les activités sont restées les mêmes…Je suis sensible à la concentration de ce jeune garçon.

Appuyé sur son pupitre, sans se servir des jetons bien disposés, il a les yeux tournés vers ce qu’il a déjà mémorisé, il pointe le doigt vers le résultat à atteindre. Ce qu’il sait déjà peut l’aider à résoudre un problème nouveau. Là-encore, je peux faire mémoire de souvenirs de mon propre apprentissage. Et je retiens : l’enfance qui veut progresser, qui s’efforce de donner place à la concentration, à l’intériorisation pour progresser…

Cette photo est un peu plus récente (1960) et évoque les changements urbains considérables de l’après-guerre, consécutifs à l’exode rural. Image d’un monde en profonde mutation : quelques caravanes et roulottes disent l’arrivée mal préparée de nouveaux habitants que la ville va s’efforcer de loger dans des bâtiments collectifs. Les immeubles donnent l’impression d’être inhabités,

vides…image impressionnante d’une moderne Babel. Et, au premier plan deux enfants…Curieux ? Perdus ? Déconcertés ? Que fixent-ils ? Ils ont l’air bien petits dans cet espace, mais, pourtant ils sont la vie…Je peux faire mémoire de souvenirs où j’ai pu avoir l’impression que le monde était bien grand pour moi. Et je retiens : l’enfance comme promesse, dans un environnement parfois difficile, voire hostile…

L’évangile donne, à plusieurs reprises, place aux enfants. Les jeunes enfants étaient, dans la culture du temps, peu considérés. Ils ne maîtrisaient pas correctement la parole, apparaissaient comme capricieux…La société les marginalisait, (Voir, dans le texte de Matthieu, comment « les disciples les écartèrent vivement ») dans l’attente de « l’âge de raison ». Or Jésus les accueille, invitant, paradoxalement les disciples à se « faire enfant », et promettant le Royaume à ceux qui leur ressemblent.

Je considère l’approche de Jésus :

L’enfant est dépendant de ses parents, confiant en eux…

Ne suis-je pas invité à m’abandonner moi-aussi au Père, comme un enfant confiant ?

L’enfant est disponible, exempt encore de certitudes, curieux de la nouveauté, ouvert et prêt à l’inattendu.

Ne suis-je pas invité à quitter sans cesse mes habitudes, mes préjugés pour accueillir sans retenue l’incessante nouveauté de la Parole ?

L’enfant, le « tout-petit », est d’abord disponible à la relation.

Ne suis-je pas invité à vivre avant tout la relation, plutôt que de m’arrêter à mes réussites ou mes échecs ?

Je prends maintenant un temps pour converser avec le Seigneur, comme un fils confiant parle à son Père. Je peux lui demander, au fil de cet été, de me redonner un esprit d’enfance.

   Et comme un enfant bien aimé, à qui le Royaume est promis, je dis : « Notre Père… »

Laisser un commentaire