Le corps a toute sa place dans la vie spirituelle. Alors que la philosophie grecque méprisait le corps, la tradition biblique respecte le corps. Dieu qui, après la Création de l’Homme, dit que « cela est très bon » a pris notre humanité et s’est incarné, conférant par là une profonde dignité au corps.
« Le Verbe s’est fait chair ». (Jean, 1,14). Jésus, dans ses rencontres, a beaucoup pris soin du corps, rendant la vue ou l’ouïe, restaurant chez des infirmes la capacité à mouvoir leur corps, guérissant les lépreux de leurs plaies… Et si je priais avec tout mon corps ?
Je me dispose à la prière, en installant confortablement mon corps. Je peux, mentalement, parcourir mes différents membres, les différentes parties de mon corps, désireux de me rendre disponible au Seigneur. Je demande au Seigneur d’habiter pleinement mon corps pour entrer en relation avec le monde, les autres et Dieu. Et c’est sur mon corps, mon front, ma poitrine et chacune de mes épaules que je trace le signe de croix.
Je lis maintenant un extrait de l’épître de la première épître de Paul aux Corinthiens, où il contemple le corps.
Le corps humain se compose non pas d’un seul, mais de plusieurs membres. Le pied aurait beau dire : « Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps », il fait cependant partie du corps. L’oreille aurait beau dire : « Je ne suis pas l’œil, donc je ne fais pas partie du corps », elle fait cependant partie du corps. Si, dans le corps, il n’y avait que les yeux, comment pourrait-on entendre ? S’il n’y avait que les oreilles, comment pourrait-on sentir les odeurs ? Mais, dans le corps, Dieu a disposé les différents membres comme il l’a voulu. S’il n’y avait en tout qu’un seul membre, comment cela ferait-il un corps ?
En fait, il y a plusieurs membres, et un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ». (1Co, 12, 14-21)
Comme Paul, je prends le temps de m’émerveiller des possibilités que m’offrent mon corps, mes sens pour entrer en relation avec le monde, les autres et Dieu lui-même.
Je peux rendre grâce, et le faire à haute voix, pour mieux prendre conscience du don de la parole qui m’est donné. Un souffle intérieur qui vibre grâce aux cordes vocales, puis que mes lèvres émettent. « Seigneur ! ouvre mes lèvres, Et ma bouche publiera ta louange. » (Psaume 51,15)
Je m’arrête maintenant sur les diverses parties de mon corps évoquées par Paul

Le pied. J’exerce une légère pression sur la plante de mes pieds. Je perçois ainsi comment je suis relié à la terre. Je considère comment ils me permettent de tenir en équilibre, mais aussi de me déplacer pour découvrir le monde, aller à la rencontre. « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut. » (Isaïe, 52, 7). Vers qui, aujourd’hui, mes pas peuvent-ils me porter ?

La main. Ma main qui me permet de créer, de saisir, de toucher, d’entrer en contact en serrant la main, de donner…Je regarde, dans l’évangile, Jésus qui prend par la main pour relever. « S’étant approché, il la fit lever en lui prenant la main (…) » (Mc, 1,31). « Il la saisit par la main, et lui dit : Talitha koumi, ce qui signifie : Jeune fille, lève-toi, je te le dis. » (Mc, 5, 41). A quoi, aujourd’hui, puis-je employer mes mains ?

L’oreille. Je prends le temps d’écouter mon environnement. Tel bruit dans la maison, tel son extérieur. Je peux aussi écouter le silence. Je me mets, intérieurement, à l’écoute de la Parole.
L’œil. J’arrête mon regard sur ce qui m’entoure. Un lieu quotidien, sans doute, que je ne regarde plus, pris dans la routine. Et je regarde, aussi, intérieurement, celles et ceux qui me sont proches, des réalités du monde, peut-être plus lointaines. Je me rends attentif aux signes des temps. Revenant à la Parole, je mobilise mes yeux et mon oreille pour accueillir le Seigneur. « Mais heureux sont vos yeux, parce qu’ils voient, et vos oreilles, parce qu’elles entendent ! Je vous le dis en vérité, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. » (Matthieu, 13, 16-17). Sur quoi, sur qui, aujourd’hui, j’ai à faire porter mon regard et mon écoute ?

Dans la diversité de mes membres complémentaires, je n’ai, rappelle St Paul, qu’un seul corps. J’ai à travailler à son unité. Je peux considérer comment je m’unifie en considérant, à l’invitation du Pape François, dans sa dernière encyclique, mon cœur.
« Dans ce monde liquide, il est nécessaire de parler à nouveau du cœur, d’indiquer le lieu où toute personne, quelle que soit sa catégorie et sa condition, fait sa synthèse ; là où l’être concret trouve la source et la racine de toutes ses autres forces, convictions, passions et choix. » (Dilexit nos n°9). Et moi, aujourd’hui, qu’est-ce qui m’unifie ?
Je termine ce temps de prière en m’adressant au Seigneur, lui présentant, ce qu’à travers les forces de mon corps, je peux aujourd’hui lui offrir, offrir à mes frères. Je peux aussi partager mes résistances à me donner, me rappelant que je peux faire partie d’un peuple « à la nuque raide. » (Ex, 33,5).
Je dis le Notre Père.
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.