
Le temps de l’avent est temps d’attente. Dans les ténèbres de l’hiver, nous sommes invités à veiller, à guetter la lumière qui vient et qui jaillira la nuit de Noël. Sachons vivre la patience. Nos villes vibrent déjà de lumières vives, de musiques fortes.
De black Friday en marchés de toutes sortes, une frénésie de consommation s’empare de la société. Vivre l’avent, c’est consentir à nous blottir dans l’obscurité, encore, à traverser le silence, à entretenir le désir plutôt que de chercher à posséder.

Je rejoins, dans cette expérience, beaucoup de croyants.
Ainsi ce religieux anonyme, qui partage le désert de sa prière : « Je suis devant le Seigneur comme une buche sèche. Je suis devant le feu brûlant de l’âtre, et pourtant…je ne prends pas…
Considérons aussi la nuit de la foi de Mère Térésa. « Dieu me manque, me manque. C’est alors que j’ai le sentiment qu’il ne veut pas de moi, qu’il n’est pas là. Dieu ne veut pas de moi. ». Et encore : « J´éprouve que Dieu n´est pas Dieu, qu´Il n´existe pas vraiment. C´est en moi de terribles ténèbres. Comme si tout était mort, en moi, car tout est glacial (…)Tout le temps à sourire. Les Sœurs et les gens pensent que ma foi, mon espérance, mon amour me comblent en profondeur, et que l´intimité avec Dieu et l´union avec Sa volonté imprègnent mon cœur. Si seulement ils pouvaient savoir ».

Terminons ce premier temps, en vivant la confiance en Dieu comme François de Sales le suggère à une femme qu’il accompagne : « Vous ne faîtes rien, ce me dites-vous, en l’oraison. Mais qu’est-ce que vous y voudriez faire sinon ce que vous y faîtes, qui est de présenter et représenter à Dieu votre néant et votre misère ? C’est la plus belle harangue que nous fassent les mendiants que d’exposer à notre vue leurs ulcères et nécessités.
Mais quelquefois encore ne faîtes-vous rien de tout cela, comme vous me dites, mais vous demeurez là comme un fantôme et une statue. Eh bien, ce n’est pas peu que cela. Dans les palais des princes et des rois, on met des statues qui ne servent qu’à récréer la vue du prince : contentez-vous donc de servir de cela en la présence de Dieu, il animera cette statue quand il lui plaira ». SFS, Lettre à la présidente Brûlart, mars 1605)
Cette expérience du silence de Dieu, dans l’attente traverse aussi les psaumes. Jésus lui-même, à la croix, proclame le début du psaume 21 « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », dont la suite des deux premiers versets dit : « Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis.
Mon Dieu, j’appelle tout le jour, et tu ne réponds pas ; même la nuit, je n’ai pas de repos. » (Ps 21, 2-3). Mais Jésus, connaissant les psaumes par cœur, en dit aussi intimement la suite : « Tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. » (Ps 21, 22-23)

Voilà bien le cœur de l’attente, patienter dans le silence, sûr que la parole ne manquera pas de sourdre, patienter dans la nuit, sûr que la lumière jaillira. A mon tour, je considère quelles paroles j’ai pu recevoir, comme une brise légère, quelle lueur, même modeste, peut venir m’éclairer.
« Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés.
Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. » (Mt, 6, 6-8)
C'est l'Avent
Allume une braise dans ton cœur,
C’est l’Avent.
Tu verras, l’attente n’est pas vaine quand on espère quelqu’un.
Allume une flamme dans tes yeux,
C’est l’Avent.
Regarde autour de toi, on a soif de lumière et de paix.
Allume un feu dans tes mains,
C’est l’Avent.
Ouvre-les à ceux qui n’ont rien, ta tendresse est à bout de doigts.
Allume une étoile dans ton ciel,
C’est l’Avent.
Elle dira à ceux qui cherchent qu’il y a un sens à toute vie.
Allume un foyer en hiver,
C’est l’Avent.
Les transis du cœur et du corps viendront et il fera chaud au cœur du monde.
II suffit d’une seule braise, pour enflammer le monde, et réchauffer le cœur le plus froid.
Je fais le signe de croix.