Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier,
c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.
Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée.
Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.
Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

« Apprends-nous… Reviens …. Rassasie-nous …. »
Ce psaume et un psaume de désir. Relisons-le en le personnifiant :
« Apprends-moi la vraie mesure de mes jours :
que mon cœur pénètre la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour ton serviteur.
Rassasie-moi de ton amour au matin,
que je passe mes jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur moi la douceur du Seigneur mon Dieu !
Consolide pour moi l’ouvrage de mes mains. »
« Ton désir, voilà ma prière, et si ton désir est continuel, ta prière l’est aussi.
Ce n’est donc pas en vain que l’Apôtre a dit : « Priez sans cesse ! » (1Thess 5,17)
Mais aurons-nous toujours les genoux fléchis, le corps prosterné, les mains levées, parce que St Paul nous dit : « Priez sans cesse. » ?
Si c’est cela que nous appelons prière, je ne pense pas que nous puissions le faire sans interruption.
Il y a une autre prière, intérieure et ininterrompue : le désir. Quoi que tu fasses, si tu désires le repos du ciel, tu ne cesses pas de prier. C’est pourquoi, si tu ne veux pas cesser de prier, ne cesse pas de désirer. Ton désir continuel sera comme un appel ininterrompu.
Si tu cesses d’aimer, tu tomberas dans le mutisme. Le mutisme du cœur, c’est le refroidissement de la charité ; le cri du cœur c’est la flamme de la charité.
Si ta charité demeure toujours, tu cries sans arrêt ; si tu cries sans arrêt, tu désires sans cesse,
Si tu désires, tu te souviendras du céleste repos et il importe que tu comprennes devant qui s’élève le soupir de ton cœur. »
St Augustin